Des condos, un hôtel, un salon à cigare, un hangar à hélicoptère et une salle de tir : un luxueux projet de tour de 54 étages évalué à quelque 300 millions de dollars dans un village reculé de l'Outaouais divise ses 572 habitants.

Miser sur l'aspect écologique peut sembler louable, mais c'est l'avenue du promoteur pour convaincre la population«

"Ça ne se fera pas en criant wô, il faut avoir le consentement de la population, insiste en entrevue le maire de la petite ville de Namur, Gilbert Dardel. Il y a beaucoup d'étapes avant qu'on soit rendu là : il faut que ça passe au conseil de Namur, à la Commission d'aménagement régionale de comté, au conseil des maires et que ça passe au gouvernement."

Le projet PEKULIARI prévoit la construction d'une imposante tour de 54 étages à l'extérieur du village, en forêt. Dessiné par la firme montréalaise MU Architecture, le complexe regroupera à la fois des condos et des chambres d'hôtel. Le promoteur du projet, Karim Zaghbani Cloutier, en a dévoilé les grandes lignes par voie de communiqué à la mi-novembre.

Pourquoi Namur, située à environ une heure de voiture de Gatineau? M. Zaghbani Cloutier y possède 360 acres de terrain. "C'est lui qui est venu nous voir il y a environ 12 ou 15 mois en disant qu'il avait un projet qu'il aimerait faire ici", explique M. Dardel.

Au départ, le promoteur voulait construire une centaine de chalets sur son terrain. Il s'est finalement ravisé en voyant la quantité "inconcevable" d'arbres à abattre, indique au bout du fil un relationniste de presse pour PEKULIARI. L'idée d'une tour a donc été retenue pour "réduire l'impact au sol".

M. Zaghbani Cloutier souhaite surtout convertir cette zone inhabitée en "un parc naturel protégé à perpétuité", ajoute le relationniste, qui avance également que le projet dynamiserait l'économie locale en créant 250 emplois une fois la construction terminée.

Le promoteur n'a pas retourné nos demandes d'entrevue.

Consultation citoyenne

Les habitants de Namur et des villages avoisinants ont été convoqués le 24 novembre dernier à une rencontre d'information sur PEKULIARI. Ils étaient 107 sur Zoom et 35 en présentiel, répartis en deux salles, pour entendre la proposition du promoteur, soutient le maire Dardel.

Or, le citoyen de Ripon Jonathan Bock a dû "suivre le tout par l'entremise de quelqu'un qui filmait en direct", dit-il, soutenant que le lien de la présentation était limité à 100 personnes. Cette rencontre a aussi permis une longue période de questions de trois heures : "Pourquoi Namur? Comment ça va être fait? Est-ce qu'on va voir la tour? Est-ce qu'on a besoin de ça? Est-ce qu'il y a assez de monde?", a énuméré le maire Gilbert Dardel.

Si certains Namurois, dont Nicole Louis-Seize, propriétaire du restaurant Au Moulin du Temps, évoquent qu'un des effets positifs d'un tel projet serait "d'apporter des gens à Namur", il n'en reste pas moins qu'il peut paraître "un peu trop grandiose", enchaîne la propriétaire.

Jonathan Bock craint plutôt que leur "tranquillité et [leur] choix de vivre dans la simplicité de la campagne soient gobés par des investisseurs qui voient le potentiel monétaire de développer en pleine nature, au détriment de ceux qui y vivent".

"Personne ne va vivre à temps plein dans un tel lieu. Le tout deviendra une tour fantôme, louée par des voyageurs richissimes sur Airbnb. Les gens de Namur n'y gagneront rien", prévoit-il.

Le promoteur promet de tenir des consultations "régulières" auprès des citoyens concernés, fait valoir son relationniste. Il s'est également engagé à travailler de concert avec la Ville de Namur, ce que confirme son maire.

L'aspect environnemental est très important pour M. Zaghbani Cloutier, reprend son relationniste. Il prévoit une tour autosuffisante en production d'énergie et en approvisionnement en eau, notamment grâce à ses verres photovoltaïques.

"De miser sur l'aspect écologique peut sembler louable, mais c'est l'avenue du promoteur pour convaincre la population", laisse tomber Jonathan Bock.