La lieutenante-générale Frances Allen devient la première femme à occuper le poste de vice-cheffe d'état-major de la Défense, elle qui remplace Mike Rouleau. Sa présence ne sera peut-être pas suffisante pour changer la structure oppressive du système face aux femmes dans les Forces armées canadiennes (FAC), croit un ancien officier.

Dans son poste de vice-cheffe d'état-major de la défense, Mme Allen devra s'assurer de la mise en œuvre des politiques du ministère de la Défense nationale ainsi que travailler à l'atteinte d'objectifs stratégiques. Dans ce poste, elle répondra au sous-ministre de la Défense nationale et au chef d'état-major de la Défense. Elle dirigera aussi le quartier général de la Défense nationale ainsi que toutes ses activités.

Cette annonce arrive peu de temps après la sortie d'allégations d'inconduites sexuelles à l'égard de plusieurs hauts gradés de l'armée canadienne dont l'ancien chef d'état-major de la Défense nationale, Art McDonald, et de son prédécesseur, Jonathan Vance. Mars 2021 marque aussi le sixième anniversaire de la parution du rapport Deschamps qui faisait état de la situation alarmante entourant le harcèlement et les inconduites sexuelles dans les FAC. Ce rapport était le résultat d'un examen externe qui avait conclu qu'il existait " une culture sous-jacente de la sexualisation " au sein de l’armée et qu'elle était " hostile aux femmes et aux [membres de la communauté] LGTBTQ ".

Cette notion de culture et le temps nécessaire pour la changer sont ce qui inquiète Dave Blackburn, ancien officier des Forces canadiennes, maintenant directeur du département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais (l'UQO). Il mentionne que pour pouvoir s'attaquer à cette culture nuisible aux femmes et pouvoir y apporter des changements, il faut que les personnes, comme Mme Allen, puissent demeurer en poste assez longtemps pour le faire. " S'ils veulent justement être capables de changer la culture, il faut que la personne soit là pour mener à terme tous les changements nécessaires, et ça prend du temps " étant donné la " structure extrêmement rigide " des Forces armées, explique M. Blackburn.

En 2015, à la suite de la publication du rapport Deschamps, la lieutenante-générale Christine Whitecross avait été affectée à l'opération HONOUR, qui devait être la première étape d'un processus de changement institutionnel au sein de l’armée canadienne par rapport au harcèlement et aux inconduites sexuelles. Elle avait choisi de mettre fin à son mandat avant la fin du projet pour entreprendre un nouveau poste à l'OTAN.

Source de motivation pour les femmes des Forces

La nomination de Mme Allen apporte malgré tout un vent d'inspiration chez les membres féminines des FAC. C'est le cas d'une jeune membre de l'armée qui a souhaité demeurer anonyme pour éviter toutes représailles. " Je pense que c'est bien puisque ça a plus souvent été des hommes [dans ces types de postes]. Ça montre que les femmes peuvent accomplir ce qu'elles veulent dans l'armée ", souligne-t-elle.

Elle ajoute que même si sa courte carrière " se passe bien " jusqu'à maintenant, les femmes sont toujours en minorité au sein des Forces et qu'elles semblent toujours être affectées de façon disproportionnée par les inconduites et le harcèlement. " Les femmes dénoncent beaucoup plus que les hommes ", remarque l'étudiante aux études supérieures au sein des FAC.

D'ici 2026 dans les Forces…

Les Forces disent vouloir intégrer dans leurs rangs de plus en plus de femmes au courant des prochaines années. Le Major Alexandre Muñoz du centre de recrutement des Forces armées canadiennes de Québec remarque l'intérêt des femmes à rejoindre les FAC.

La pandémie de la COVID-19 a par ailleurs affecté le recrutement au sein des Forces cette année. Les centres de recrutement ont dû fermer et leurs activités ont aussi été limitées, au courant des derniers mois. Malgré tout, le Major Muñoz affirme que la quantité de femmes qui intègrent les Forces " augmente d'année en année ".

Présentement, on compte 16,2% de femmes au sein de Forces régulières et des Forces de réserve. Pour 2026, l'objectif est d'accroître ce pourcentage de près de 10% pour se rendre à 25,1% de femmes au sein de l'armée.

Pour favoriser le recrutement de femmes au sein de l'armée canadienne, on a recours à des publicités les ciblant.

La nomination de la lieutenante-générale Frances Allen à la tête des Forces armées canadiennes sera peut-être une source de motivation pour les nouvelles recrues, mais il reste à savoir si sa présence sera suffisante pour changer le climat et le traitement des femmes au sein de l'institution.