L'arrivée de Joe Biden au pouvoir, le 20 janvier 2021, ne marquera pas le déclin des théories complotistes. Aussi nombreuses qu'extravagantes, elles ont connu une progression fulgurante depuis l'élection de Donald Trump en 2016, principalement en Amérique du Nord et en Europe.

L'effet Trump

«Les théories du complot seront toujours là».

Une étude publiée en 2014 dans l'American Journal of Political Science a révélé que 50% des Américains croient au moins à une théorie du complot. Cet été, un sondage mené auprès de 2 000 Canadiens par l'Université Carleton, à Ottawa, a révélé que 46 % d'entre eux croient au moins à une des quatre théories principales circulant sur le nouveau coronavirus.

Le chercheur de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand Victor Bardou-Bourgeois qualifie ces pourcentages importants "d'effet Trump": "L'attention médiatique portée sur Donald Trump durant sa présidence est démesurée. Un culte s'est créé autour de lui. Ne faisant aucun effort pour démystifier les théories du complot, il est rapidement devenu un symbole." Dans le dernier mois, le président a publié plus de 300 tweets sur les résultats de l'élection du 3 novembre, dont près de 40% ont été épinglés par Twitter comme faux ou fallacieux.

À plusieurs reprises, Trump a été interrogé sur la publicité qu'il offre aux groupes d'extrême droite sur Twitter. "Lorsqu'il est piégé, il détourne la question et, de façon moins implicite, prend parti en faveur de la théorie du complot. Le surlendemain, il se rétracte mollement", indique le chercheur.

La théorie la plus populaire aux États-Unis est QAnon. Elle avance qu'il existe un réseau pédophile adulant Satan, dirigé par d'éminents démocrates qui enlèveraient et abuseraient des enfants pour les manger et ainsi vivre éternellement. "Dans la mythologie QAnon, Donald Trump est un peu comme Jésus Christ. C'est lui qui protège et mène une croisade contre l'élite pédosataniste démocrate", explique le doctorant en théologie à l'Université Concordia Marc-André Argentino.

Président différent, même problème

Avec un Donald Trump ex-président et moins influent, à quoi s'attendre de l'évolution des théories du complot? M. Bardou-Bourgeois ne croit pas que le mouvement conspirationniste perdra des plumes. "Nous assisterons à une progression, et non à un essoufflement du discours conspirationniste", dit-il.

Il prédit une radicalisation du discours complotiste dans les mois suivant l'arrivée de Biden et un resserrement des mesures sanitaires. "Les études sur les cultes tendent à démontrer que ce n'est pas parce que la prophétie ne se réalise pas que les gens perdent foi. Au contraire, ils se radicalisent", souligne Victor Bardou-Bourgeois. Il explique que les théories du complot s'enracinent et se développent mieux en temps de crise et d'incertitude. Pour M. Argentino, "il est impossible de contrôler la radicalisation. La prévention est le seul outil efficace."

Influence sur l'Occident

Avec Internet, on assiste à une mondialisation des discours complotistes. Les théories comme QAnon, "The Great Reset" et le trucage des élections américaines attirent, même au Québec. "Presque immanquablement, ce qui émerge des théories du complot aux États-Unis est réapproprié par des Québécois", explique M. Bardou-Bourgeois. Ce qu'il remarque au Québec, c'est la reprise du discours anti-sanitaire de QAnon. Les théories reprises ici sont celles qui fonctionnent bien dans le contexte de la province.

Le Québec n'est pas un exemple isolé. Mondialement, le nombre de tweets liés à QAnon est passé de 5 millions en 2017 à 12 millions cette année, selon EuroNews. En Europe, des partisans aux idéologies différentes ont le choix parmi un large éventail de récits conspirationnistes en provenance de l'Amérique. Certains sont orientés contre les élites, d'autres sont anti-vaccins: des théories similaires tournant autour de la certitude d'être "manipulé".