Le nombre des femmes au sein des conseils d'administration (C.A.) au Canada reste minime et croît lentement, malgré le progrès vers une égalité hommes-femmes qui se dessine à l'horizon.

Chaque année, Statistique Canada rend publiques des données concernant la représentation des femmes assumant un rôle de direction et prenant des décisions stratégiques au sein des entreprises exerçant des activités au Canada.

Malgré une augmentation dans les centièmes, les conseils d'administration au Canada restent toujours en majorité contrôlés par les hommes, selon des données de 2018 révélées mardi.

Entre 2017 et 2018, le nombre d'administrateurs, tous genres confondus, a augmenté de 28 071 à 28 972. Néanmoins, la croissance des femmes au sein des conseils d'administration n'a augmenté que de 0.4 %, soit de 17,9 % à 18,3 %. Ce qui se traduit par 5 128 femmes sur 28 972 administrateurs.

C'est une avancée positive précise la présidente-directrice générale de QuébecInnove et aussi experte en gouvernance, Isabelle Foisy. " Il n'y a pas un changement chaque année des membres d'un C.A., donc il faut aussi être capable de comprendre que si on avance, ça veut dire que lorsqu'il y a eu des changements, il y a plus de femmes que d'hommes qui ont été choisis. "

Plus de chance au public

Les femmes représentaient plus du tiers des membres au sein des conseils d'administration des entreprises publiques gouvernementales. Les conseils d'administration du secteur des services publics sont ceux ayant la plus grande représentation de femmes administratrices avec une croissance de 24,3 % en 2017 à 26,5 % l'année suivante.

S'ensuit le secteur des finances avec un recul de 0,4 %, pour un total de 22,8 %. Finalement, c'est le secteur de la fabrication qui est en dernier de liste avec une proportion de moins de 13,0 % de femmes membres.

Pour les entreprises cotées en bourse, c'est 23 % des membres totaux qui étaient des femmes et la proportion de ces entreprises ayant au moins une femme membre a augmenté à 56,5 % de 2017 à 2018.

En janvier 2021, le gouvernement fédéral a modifié la Loi canadienne sur les sociétés par actions (LCSA) afin d'augmenter la diversité au sein des conseils d'administration inscrits en bourse. Avec les amendements ajoutés à cette loi, toutes sociétés ouvertes, comme la SAQ, doivent maintenant accueillir à la gouvernance de leur entreprise une certaine parité de genre, mais aussi d'âge.

D'ici la fin de 2021, les entreprises publiques doivent accueillir sur le comité au moins une personne de moins de 35 ans, précise Lara Emond, qui elle-même est la plus jeune administratrice et membre du comité de gouvernance, d'éthique et des ressources humaines du Musée national des beaux-arts du Québec.

De plus, les entreprises qui ont une plus grande diversité sur leur conseil d'administration sont beaucoup plus résilientes et ont des rendements accrus, souligne Mme Emond, qui est aussi administratrice de sociétés certifiée ayant siégé au sein d'une dizaine de conseils d'administration.

" D'un point de vue économique, [les entreprises] sont beaucoup plus compétitives et cette multiplicité amène une meilleure prise de décision qui, souvent, permet de voir des angles morts que l'entreprise n'avait pas nécessairement vus auparavant par rapport à leur clientèle", ajoute-t-elle.

Le besoin d'une zone paritaire

"Quatre conseils d'administration sur dix dans le secteur des services publics ont atteint la cible de 30 % de femmes administratrices en 2018, ce qui représente une hausse de 7,8 % par rapport à 2017", selon les données de Statistique Canada.

Cette augmentation, aussi minime soit-elle, permet d'envisager une zone paritaire qui permettrait aux femmes et aux minorités visibles d'être des marqueurs d'influence au sein des entreprises du Canada.

"Le but n'est pas nécessairement d'atteindre la parité, mais plutôt une zone paritaire dans laquelle on peut aller chercher les forces chez les femmes et chez les hommes, incluant les minorités visibles et de nous amener à nous dépasser '', souligne Isabelle Foisy, qui est aussi administratrice de sociétés certifiée.

''[La représentation] des femmes c'est la première étape pour vraiment diversifier les conseils d'administration et ainsi se rapprocher davantage des clients et des usagers. L'étape suivante, une fois que ça s'est ouvert, c'est de viser une plus grande représentation que ce soit des peuples autochtones, des personnes en situation de handicap, des minorités visibles, etc ", explique Lara Emond.