Le Groupe de recherche sur le capital humain de l'École des sciences de la gestion (ESG) de l'UQAM a recommandé, mardi matin, au gouvernement québécois d'instaurer une taxe sur les boissons sucrées.

" [La taxe] serait incluse dans le prix de ces boissons pour que le consommateur la prenne en considération ", explique Catherine Haeck, professeure associée au département des sciences économiques de l'UQAM, qui a déposé le rapport à l'Institut national de santé publique du Québec et au ministère de la Santé et des Services sociaux en février dernier.

De prime abord, la problématique peut sembler complexe. Maîtriser les notions et les données lancées par le Groupe de recherche sur le capital humain permet de mieux comprendre l'enjeu.

Boissons à limiter

Les boissons à limiter sont celles que l'étude suggère de taxer. Cette catégorie comprend les boissons gazeuses, énergisantes, à saveur de fruits, ainsi que les boissons pour sportifs. Tous les laits, boissons de soja et d'amandes, thés, cafés avec du sucre ajouté sont également considérés comme des boissons à limiter.

Internalités et externalités

" La taxation va intervenir si la consommation d'un produit cause un préjudice à la personne ", somme Catherine Haeck. Pour taxer un produit, cette notion d'internalité doit être jumelée à un effet d'externalité, donc que le préjudice soit également aux autres personnes que celle qui consomme un produit. Les problèmes de santé liés à la consommation de boissons sucrées créent des coûts supplémentaires en santé. Le préjudice touchant alors toute la population, les économistes de l'ESG suggèrent de taxer les boissons à limiter.

Taxe d'accise

Le rapport suggère une taxe d'accise. Cette tarification se prélève au moment de la production de la boisson. Elle est payée par l'entreprise, qui augmente le prix de son produit. Selon le Groupe de recherche sur le capital humain, elle est beaucoup plus dissuasive pour le consommateur qu'une taxe sur le prix de vente perçue à la caisse. Au Canada, l'alcool, le tabac et l'essence sont déjà touchés par des taxes d'accise.

15 à 50 millions de dollars

Selon quelques simulations effectuées par le Groupe de recherche sur le capital humain, le gouvernement pourrait percevoir entre 15 et 50 millions $ en taxant les boissons à limiter en fonction de leur teneur en sucre.

Premier quartile

Le quart de la population la moins fortunée est la plus grande clientèle de boissons à limiter. Cela peut s'expliquer par le faible prix de ces boissons sucrées. Cependant, c'est la tranche de la population qui est la plus susceptible de réagir fortement à une hausse des prix, notamment en changeant ses habitudes de consommation.

Plus de 40 pays

Quelques États américains et plus d'une quarantaine de pays au monde ont déjà instauré une taxe sur les boissons sucrées. La plupart sont des taxes d'accise et ont été implantées dans les dix dernières années. Les premières législations à avoir taxé les boissons à limiter sont le Royaume-Uni et les Samoa, dans le Pacifique, respectivement en 1981 et 1984.

7%

Selon les modèles étudiés par les chercheurs de l'ESG de l'UQAM, une augmentation des prix de 1% des boissons énergisantes engrangerait une baisse des ventes de 7% de ces produits. Cette notion, appelée l'élasticité-prix, a été calculée pour tous les types de boissons à limiter. D'à peine 1% pour les boissons gazeuses, l'élasticité-prix des boissons à limiter au Québec se trouve en moyenne à 3%.

Effet escompté

" Si on applique une taxation, les consommateurs à plus faible revenu vont se retrouver à payer une plus grande partie de la taxe ", prévoit Catherine Haeck. Cependant, les auteurs du rapport s'attendent à un changement des habitudes de consommation chez une partie de cette population, comme une baisse des achats des boissons à limiter, ce qui aurait l'effet escompté. Le Groupe de recherche sur le capital humain suggère également de " réinvestir les revenus de la taxe auprès des familles plus vulnérables ".