Pour moi, il n'est pas surprenant qu'au cours des dernières semaines, des personnes noires aient subi du harcèlement policier au parc Jeanne-Mance, en plein jour et à la vue de tous, sous prétexte d'un non-respect des règles de santé publique. C'est une conséquence déplorable du travail de l'État, et il est préférable de ne pas imaginer ce qui aurait pu se produire s'il n'y avait eu personne autour.

L'annonce du renforcement des pouvoirs octroyés aux corps policiers de l'Ontario par le premier ministre cette province, Doug Ford, vendredi dernier, a fait soulever plus d'un sourcil. Donner plus de raisons aux policiers d'interpeller des citoyens, toute la journée, je ne vous apprends pas ce que cela implique pour les communautés noires : une augmentation du profilage racial.

Sur une quarantaine de personnes noires de Montréal interrogées à la suite de l'annonce ontarienne, 8 sur 10 se considéraient chanceuses, voire plus en sécurité, au Québec que dans la province voisine. Pourtant, étaient-elles réellement moins susceptibles qu'ailleurs d'être victimes de profilage racial, l'autre virus avec lequel le pays entier doit encore se battre? Heureusement, la pression populaire contre ces nouvelles mesures dangereuses a obligé M. Ford à reculer sur la question.

L'importance d'une reconnaissance

Une chose que le gouvernement ontarien a admise, ce que François Legault n'est toujours pas en mesure de faire au Québec, c'est reconnaître l'existence du racisme systémique.

Justement, ses nombreuses initiatives pour limiter la propagation du virus auraient pu être plus conscientes de la manière dont elles peuvent affecter ou non les minorités ethniques du territoire, comme Doug Ford l'a saisi. Depuis le début de la pandémie, la police est mandatée pour patrouiller dans les différents secteurs, et pas seulement aux heures du couvre-feu. Le fait est qu'une personne blanche n'a pas à redoubler de vigilance pour tous ses faits et gestes à l'extérieur de son domicile, comme une personne de couleur.

Le gouvernement du Québec doit agir concrètement pour régler la situation, par exemple en définançant la police. Car, actuellement, il est possible de se demander ceci: si nos policiers étaient plus armés, nos statistiques de décès aux mains de la police seraient-elles comparables à celles des États-Unis?