Les programmes d'aide financière mis sur pied par les différents paliers gouvernementaux dans le contexte de la pandémie de COVID-19 s'inscrivent dans une logique éminemment capitaliste. Or, d'autres solutions pourraient permettre à l'économie de survivre à la crise.

« Il serait possible de suspendre les principaux paiements et de tomber en hibernation économique », propose le professeur au département de géographie de l'Université de Montréal et spécialiste des questions de santé publique et d'économie politique Sébastien Rioux. On assisterait dès lors à une grève des loyers et à une suspension des paiements hypothécaires. « Essentiellement, la société dirait aux créanciers, notamment aux banques et aux cartes de crédit : il n'y a rien qui va rentrer pendant les trois ou quatre prochains mois. »

« Selon nos référents habituels, cette idée peut sembler utopique, consent M. Rioux. Or, dans un contexte comme celui-ci, ce genre de pensées-là devient quelque chose de très réaliste. » Cette mesure serait par ailleurs avantageuse pour les travailleurs dont le revenu mensuel est habituellement supérieur aux 2000$ que promet la PCU.

« Ce serait une solution qui est clairement universelle, croit-il. Dans la mesure où [les paiements] sont suspendus pour tout le monde, les gens n'ont pas de pertes de revenu non plus. » Cette mesure irait à l'encontre de celles mises en place par les instances gouvernementales, lesquelles sont favorables aux banques qui se retrouvent avec très peu de contraintes.

Iniquité fondamentale

M. Rioux croit par ailleurs que le supplément de 100$ par semaine offert aux travailleurs à faible revenu œuvrant dans les services essentiels est insuffisant. « Dans la mesure où certains individus sont payés pour rester à la maison alors que d'autres, contraints de travailler et de mettre leur santé en danger, ne gagnent qu'un petit peu plus, il y a une iniquité qui est insoluble. »

Pour Julie Nguyen, assistante technique en pharmacie, « c'est bien beau de remercier [les employés des services essentiels] dans des points de presse, mais ce n'est pas assez. » Elle dit par ailleurs souhaiter « qu'on ressente la même urgence d'aider les employés des services essentiels que ceux qui ont perdu leur emploi. »

« Notre société est basée sur le salariat et la seule réponse qu'on a aux préoccupations des travailleurs, c'est de leur donner un bonus pour les remercier, croit M. Rioux. Or, ce n'est pas forcément ce que tout le monde aimerait, et certains peuvent se dire : pourquoi je n’irais pas moi aussi me reposer pendant que d'autres travaillent. »

La Prestation canadienne d'urgence (PCU) de même que le Programme incitatif pour la rétention des travailleurs (PIRTE) ont tous deux comme objectif d'injecter de l'argent dans l'économie de sorte à maintenir le paiement des factures.
La Prestation canadienne d'urgence (PCU) de même que le Programme incitatif pour la rétention des travailleurs (PIRTE) ont tous deux comme objectif d'injecter de l'argent dans l'économie de sorte à maintenir le paiement des factures. (Crédit photo : RADIO-CANADA)