Confinement, absence d'encadrement et conditions préexistantes : la santé mentale et le portefeuille de beaucoup d'amateurs de jeux de hasard et d'argent (JHA) ont pris un dur coup avec la ruée vers les sites de jeux en ligne forcée par la fermeture des casinos et des machines à sous.

Avec le confinement, tu finis par passer plus de temps devant un écran, et ça devient tentant.« - Marc-Antoine, 28 ans

Marc-Antoine* a 28 ans. Il joue à des jeux d'argent depuis qu'il est jeune adulte. Bien qu'il avoue avoir entretenu une dépendance au jeu depuis plusieurs années déjà, sa situation a empiré depuis le début de la pandémie.

Celui qui travaille désormais dans un Walmart à temps partiel étudiait autrefois pour devenir comptable. Cependant, il raconte avoir tout perdu en jouant et s'est trouvé incapable de payer ses factures d'université. Il a ainsi été forcé de retourner vivre chez ses parents, lui qui occupait un appartement à Montréal dans le quartier Rosemont en compagnie de son ex-compagne, qui l'a laissé entre-temps.

Ses malheurs n'allaient pourtant pas s'arrêter là. Il avait commencé à se reprendre en main quand le confinement est tombé. "L'affaire, avec le confinement, c'est que tu ne vois plus personne, tu ne parles plus à personne, alors tu finis par passer plus de temps devant un écran, et ça devient tentant", explique le jeune homme.

Ce dernier relate d'ailleurs comment c'était justement le fait d'être avec "ses boys" qui lui permettait de s'évader et d'oublier sa dépendance. Maintenant, il fait face à la solitude. Marc-Antoine termine néanmoins en déclarant avoir suivi une thérapie durant les six derniers mois et avoue se sentir de mieux en mieux, mais il reconnaît avoir encore un bon bout de chemin à faire.

Loin d'être un cas isolé

Une étude menée par l'Institut national de santé publique du Québec en janvier 2021 révélait que 8% des Québécois auraient commencé à jouer à des JHA en ligne durant la pandémie tandis que 11% s'adonnaient déjà à la pratique. Les hommes de 25 à 44 ans constituent le bassin le plus important de nouveaux joueurs.

D'autre part, selon les données de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes sur le sujet, 1,3% de l'ensemble des joueurs est considéré comme "à risque" et a un comportement de jeu préoccupant ou problématique. Ce ratio grimpe à 8,6% en ce qui a trait aux joueurs uniquement virtuels.

Pendant ce temps, Loto-Québec a enregistré une baisse de ses recettes de 70% depuis la fermeture de ses installations et a dû mettre à pied temporairement plus de 1350 employés.

La société d'État a cependant vu le casino en ligne augmenter ses revenus de 60 millions de dollars lors du dernier semestre, une hausse de 131,6% par rapport à celui de l'année dernière (2019-2020). On observe la même chose pour les loteries en ligne, dont les gains ont explosé de 292,5%.

Retraite et modération

Tous ne sont cependant pas comme Marc-Antoine. Lucille*, 72 ans, trépigne d'impatience quant à la réouverture des casinos. La retraitée avait l'habitude d'y aller une fois par mois, en couple, la plupart du temps après un bon restaurant. "On a fait beaucoup de croisières, et il y avait souvent des machines à sous à bord, alors c'était l'occasion pour nous de nous amuser", raconte-t-elle.

La septuagénaire affirme néanmoins ne jamais avoir dépensé à outrance et soutient que le plaisir a toujours été l'objectif numéro un de ses séances de jeu. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle ne joue pas sur Internet. " Ce n'est pas pareil. Il n'y a pas d'atmosphère et c'est plus facile de perdre le contrôle ". En attendant la réouverture des établissements physiques, elle dit préférer se divertir avec des jeux qui n'impliquent pas d'argent.

Les casinos et les bars sont fermés au Québec depuis le 1er octobre 2020 afin de limiter la propagation de la COVID-19.

DE L'AIDE EXISTE.

Si vous, ou l'un de vos proches, êtes aux prises avec un problème de jeu, communiquez avec Jeu : aide et référence par téléphone au 1 800 461-0140 ou rendez-vous en ligne sur www.aidejeu.ca.

*Nom fictif.