Les Rangers de New York clament que les allégations de voies de fait envers leur attaquant étoile Artemi Panarin ne sont rien de plus que des tactiques d'intimidation utilisées par le gouvernement russe après que le finaliste au trophée Hart en 2020 ait publiquement pris position contre Vladimir Poutine.

Ainsi, quand il y a comme en Russie un mélange entre sport et politique, on peut soupçonner que certains athlètes qui défient l'autorité en place et contestent le gouvernement pourraient s'exposer à des représailles.- Kéven Breton, journaliste pour Radio-Canada

Après que son ancien entraîneur Andrei Nazarov ait porté contre lui des allégations de voies de fait contre une jeune femme à Riga, la capitale de la Lettonie, en 2011, le joueur étoile des Rangers de New York, Artemi Panarin, prend un congé indéfini de son équipe.

Une entrevue avec Kéven Breton, journaliste sportif pour Radio-Canada.

Quels étaient les signes précurseurs de représailles possibles envers Artemi Panarin?

Il est établi que le gouvernement russe, soit par l'entremise de son président ou de ses différents ministères, a des liens très forts avec les équipes de la Kontinental Hockey League (KHL). Ces équipes sont souvent des fronts publics des ministères gouvernementaux ou appartiennent à des sociétés d'État. Ainsi, quand il y a un mélange entre sport et politique comme en Russie, on peut soupçonner que certains athlètes qui défient l'autorité en place et contestent le gouvernement pourraient s'exposer à des représailles.

Quel est l'historique de représailles semblables contre les athlètes russes qui évoluent dans des ligues hors de la Russie?

On remarque sur les équipes nationales russes, tant au niveau junior qu'au niveau professionnel, qu'il existe une loyauté envers les athlètes qui sont restés dans leur pays. Ces joueurs vont ensuite profiter de privilèges et d'une certaine forme de favoritisme pour intégrer les équipes nationales par rapport à ceux, par exemple, qui ont traversé l'Atlantique pour aller jouer leur hockey junior. La Russie lance le message qu'elle va favoriser les joueurs ayant effectué leur parcours junior au pays et ainsi encourager le développement de talent local. C'est à ce type de type de représailles que s'est exposé Panarin en prenant position pour Alexeï Navalny: la possibilité d'être écarté d'une formation nationale sur laquelle il a grandement mérité sa place.

Les Rangers ont apporté à leur joueur un soutien sans équivoque. Quelle est la perception de Panarin chez ses coéquipiers et dans son organisation?

L'arrivée de Panarin chez les Rangers est survenue à un drôle de moment. L'organisation venait de façon très transparente de dire qu'elle était en reconstruction et se tournait vers la jeunesse après qu'elle se soit départie de vétérans comme J.T. Miller, Ryan McDonagh et Mats Zuccarello. Avec ses très bonnes performances la saison dernière et en prenant les jeunes Alexis Lafrenière et Kappo Kakko sous son aile, Panarin s'est révélé être un excellent mentor pour les jeunes joueurs de l'organisation.

Quels seront les effets de l'absence indéfinie de Panarin pour les Rangers?

Les Rangers ne l'ont pas facile cette saison. Ils auraient certainement pu se passer de distractions hors de la glace, surtout après que leur défenseur, Anthony DeAngelo, ait très ouvertement pris une position pro-Trump. Les Rangers, en soumettant DeAngelo au ballottage et en affirmant qu'il ne jouerait plus jamais pour l'organisation, ont fait comprendre assez clairement qu'ils ne cherchent pas à avoir des joueurs qui se prononcent et se mêlent de la politique. C'est plate, mais c'est une business. Les Rangers ne veulent pas de porte-paroles politiques, ils veulent des joueurs sur la glace. Ça fait deux excellents joueurs en quelques semaines qui ont dû quitter le giron de l'équipe parce qu'ils se sont mêlé les pinceaux hors-glace et c'est certain que les répercussions se feront sentir sur la glace.

L'image de Panarin se trouve-t-elle endommagée et est-il possible pour lui de la réhabiliter?

Il n'existe plus vraiment de rideau de fer entre les États-Unis et la Russie, mais il y a toujours des propos qui se perdent et sont lost in translation. Des deux côtés, il y a encore une méfiance envers les informations qui proviennent de l'étranger. Il sera donc difficile de faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé en 2011, puisqu'il n'y a pas encore de preuves. Il faut dire que les coéquipiers de Panarin au moment des allégations n'ont pas encore confirmé l'histoire de Nazarov. Je n'ai donc pas l'impression que cela va nuire à son image aux États-Unis.