Avec l'objectif de reconstruire l'économie fragilisée de la province, les porte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, présentaient mardi le plan de relance de leur parti, " Se relever ensemble ", qui propose notamment des mesures relatives au système de santé et la mise en place d'un impôt de pandémie.

“Il est temps de tirer la sonnette d'alarme pour s'assurer que les gouvernements ne retombent pas dans leurs bonnes vieilles habitudes.”

" On met [le premier ministre] François Legault au défi d'avoir de l'ambition et de mettre son orgueil de côté ", a déclaré Manon Massé, députée de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques. Au cours des derniers mois, le parti a recueilli les témoignages de centaines de travailleuses et travailleurs essentiels afin de construire un plan axé autour de quatre enjeux : la transition écologique, le renforcement des services publics, la lutte contre les inégalités que la pandémie a accentuées et un bouclier anti-austérité qui consiste à taxer ceux qui ont retiré un bénéfice de la situation sanitaire.

Les priorités de Québec solidaire

Parmi les priorités du plan de relance avancé par le parti, on trouve des mesures touchant au système de santé de la province. " Il faut améliorer les conditions de travail de nos soignants et la qualité de vie de nos aînés ", déclare Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin. Il évoque un " grand chantier d'embauche publique ".

D'après M. Nadeau-Dubois, la pandémie a mis en évidence les trous dans le filet social, qu'il faut recoudre et solidifier. " Il faut tirer des leçons de la pandémie et renforcer par des embauches massives nos services publics. Ne retombons pas dans les erreurs du passé ", ajoute-t-il. En ce qui concerne la santé, le plan de relance vise à faire de la santé mentale un service public. Il propose aussi la mise en place du projet Pharma-Québec, une société d'État québécoise qui permettrait l'autosuffisance de la province sur le plan pharmaceutique.

Quel financement pour ce budget?

" Ça prend de l'ambition, de la confiance et du courage politique d'aller chercher du financement là où il faut, affirme Gabriel Nadeau-Dubois. Ce qu'on présente aujourd'hui c'est un plan de relance détaillé, mais aussi chiffré, financé à 100 % par de nouveaux revenus."

Ce financement passe par un impôt de pandémie. " On se rend compte que des entreprises ont tiré profit de cette pandémie-là, soit parce que la compétition a été jugée non essentielle, soit parce qu'elles offraient des produits ou des services qui ont été massivement demandés, explique Gabriel Laurence-Brook, recherchiste et responsable de la commission thématique Économie, Fiscalité et Lutte à la pauvreté de Québec solidaire. Le but est d'augmenter de 50% le taux d'imposition sur les profits des grandes entreprises, de façon temporaire. "

Inspirer un changement dans la politique provinciale

Dans quelques semaines, le gouvernement de François Legault présentera son budget 2021-2022. Avec sa proposition de plan de relance économique, Québec solidaire espère influencer les choix économiques des autorités provinciales. " La population a besoin de savoir de quoi le Québec d'après la pandémie va avoir l'air, et pour l'instant, François Legault se contente de lancer de l'argent à droite et à gauche sans présenter de plan cohérent qui répondra aux besoins des gens ", se désole Manon Massé lors de son discours.

Pour Gabriel Laurence-Brook, il faut rappeler que le Québec est la province canadienne avec le pire bilan de morts de la COVID-19. Selon lui, la pandémie a mis en lumière les dysfonctionnements des politiques économiques de la Coalition avenir Québec de M. Legault, et de celles avant ça. " Depuis les austérités qui ont suivi la dernière crise en 2008, le système de santé était fortement mal en point et la pandémie a montré qu'on avait déjà un manque de ressource, dit-il. Il est temps de tirer la sonnette d'alarme pour s'assurer que les gouvernements ne retombent pas dans leurs bonnes vieilles habitudes. "

Une stratégie qui diffère de celle de M. Legault

" Pour nous, il ne faut pas trop se faire d'illusion non plus, le gouvernement de la CAQ est de centre droit tandis qu'on est à gauche, rappelle M. Laurence-Brook. Tant mieux si la CAQ fait les mêmes constats que nous. Mais historiquement, quand il était question de renflouer les coffres de l'État après une crise économique, les gouvernements comme celui-ci proposaient des budgets d'austérité. "

Selon lui, le plan proposé par Québec solidaire, sur lequel il a travaillé, prouve que des mesures d'austérité peuvent être évitées. " On espère que le gouvernement va faire d'autres choix, mais il a déjà annoncé ses couleurs, partage-t-il. Il a dit qu'il n'y aurait pas d'augmentation d'impôts, et quand on lui parle de Pharma-Québec, il ferme la porte. "

La date de remise du budget de relance 2021-2022 n'a pas été annoncée et pourrait être retardée jusqu'en avril, en raison des circonstances actuelles.