Deux nouveaux protagonistes ont fait leur entrée ce mardi dans le procès intenté par Dannick Lessard à l'encontre du Service correctionnel du Canada (SCC) pour négligence et laxisme envers le multirécidiviste Ryan Wolfson. Pierre Tabah et Anne-Marie Labalette, respectivement avocat criminaliste en droit carcéral et représentante du SCC dans ce dossier, ont été interrogés ce matin et cet après-midi. Voici un résumé de la journée en quatre questions-clés.

• L'objectif de la journée, qui était de mettre de l'avant le laxisme du SCC, a-t-il été atteint ?

Tout au long de cette journée, Me Reynaud, l'avocat de Dannick Lessard, a tenté de comprendre les raisons qui ont poussé le Service correctionnel du Canada à libérer Ryan Wolfson sous conditions, malgré " le risque élevé de récidive, les faibles chances de réinsertion et un historique violent ".

" C'est avant tout une question de choix ", avance Pierre Tabah, avocat criminaliste en droit carcéral et expert engagé par Dannick Lessard pour rédiger un rapport d'expertise sur le dossier carcéral de Ryan Wolfson.

Lorsque Me Reynaud a demandé à M. Tabah de commenter la décision de remettre en liberté sous condition Ryan Wolfson, l'expert a avoué qu'il y avait des préoccupations importantes concernant celle-ci.

Lorsqu'un individu est jugé violent, une évaluation psychologique est censée avoir lieu tous les deux ans. Entre 2006 et 2018, date à laquelle le rapport de M. Tabah a été déposé, aucune évaluation de l'état psychologique du meurtrier n'avait été faite.

" Quand l'individu n'est pas violent, ce n'est pas fait [l'évaluation]. La commission d'enquête ne l'a pas fait, c'est un choix et c'est leur droit ", justifie cependant l'expert présent par visioconférence.

• La Commission des libérations conditionnelles du Canada a-t-elle commis des impairs ?

Dans un rapport de 2010, la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) mentionne que " M. Wolfson n'aurait pas de problème à effectuer des tâches pour une tierce personne ", en étant engagé comme tueur à gages, par exemple.

Elle relate également des comportements violents qui n'ont pourtant pas été pris en compte dans les décisions des commissaires. Par exemple, une tentative de meurtre, au cœur du système carcéral, pour le compte des Hells Angels. De plus, les personnes incarcérées aux côtés de Ryan Wolfson en avaient peur, selon le même rapport.

Ryan Wolfson était détenu en établissement de sécurité maximum. Pourtant, cette situation ne l'a pas empêché de demander davantage de temps pour ses sorties, ce qui aurait dû alerter les commissaires de la CLCC, estime M. Tabah.

• Pierre Tabah, un avocat fantôme pour Dannick Lessard ?

Dans une série d'interrogatoires qui se déroulera sur toute cette semaine, les deux premiers témoins ont été entendus aujourd'hui.

Dans cette affaire, Pierre Tabah a été mandaté en 2017 par Dannick Lessard afin de " déterminer si le service correctionnel avait raison de libérer Ryan Wolfson. "

Pierre Tabah affirme que c'est la deuxième fois qu'il est appelé à comparaître, mais seulement la première fois pour du droit carcéral. Et pour cause, l'homme prétend être expert en droit carcéral, mais n'a effectué entre autres qu'un baccalauréat en sciences politiques.

Bien qu'il soit membre de l'association des avocats de la défense de Montréal, M. Tabah n'a jamais étudié en criminologie ou travaillé spécifiquement en milieu carcéral.

Il assure n'avoir eu que très peu de contacts avec son client Dannick Lessard pendant son mandat. " Trois ou quatre. Les autres fois, c'était mon adjointe. " confirme-t-il.

Ce mardi, M. Tabah a aussi reconnu avoir passé 72 heures seulement en un an à rédiger ce rapport. Il défend ce chiffre, qui a étonné le juge et les avocats, en évoquant la lenteur administrative.

Pourtant, l'enquête a prouvé que le rapport n'avait pas été rédigé par l'expert, mais par sa stagiaire, Marie-Christine Beauchemin. Elle témoignera mercredi matin devant la Cour.

• Le Service correctionnel du Canada a-t-il bien été défendu ?

Le SCC est chargé de guider la Commission des libérations conditionnelles du Canada en faisant des recommandations sur les conditions de remise en liberté, mais la CLCC tranche sur la décision et peut se montrer plus ou moins sévère.

Elle est libre d'imposer un couvre-feu, par exemple, comme c'était le cas pour M. Wolfson. Anne-Marie Labalette n'a pas été capable de donner l'heure du couvre-feu lors de l'audience.

De plus, la témoin n'a cessé de nier toute implication personnelle dans le dossier de M. Wolfson. " Je veux qu'on considère que je n'ai une connaissance théorique et non approfondie (…) Je suis mal à l'aise ", a confié Mme Labalette devant le juge Bernard Jolin.

" Je n'ai pas travaillé ni analysé le dossier. Pour moi, c'est compliqué d'expliquer à 100 % pourquoi il n'y a pas eu de maintien de peine ", a-t-elle avoué.

La plupart des réponses de Mme Labalette étaient rapportées aux cas généraux du SCC, et non à Ryan Wolfson. Elle a reconnu ne pas savoir si une enquête avait été ouverte durant ses mois de fuite en 2012. " Il va falloir que je relise [le dossier] au complet ", s'est-elle désolée.

" Je me sens très bien (…) C'est comme jouissif ", a confié Dannick Lessard à L'Atelier en fin d'audience. " C'est un bouche-trou. Elle a été envoyée à l'abattoir ", conclut-il.