«On commence à penser qu'on va manquer d'équipement médical», confie l'assistante-infirmière-chef à l'hôpital de Gatineau Caroline Dufour. Mais pour le moment, dit-elle, aucun signe ne permet de croire qu'il manquera de respirateurs artificiels.

"Les médecins nous ont dit que, selon les chances de survie du patient, ils vont choisir qui on intubera et qui on n'intubera pas, ajoute Mme Dufour. Ce sont les médecins qui vont prendre la décision, mais ça reste que nous [infirmiers et infirmières] allons l'appliquer aussi" , fait valoir Mme Dufour, qui ne cache pas son angoisse d'être éventuellement exposée à ce genre de choix déchirant.

Un comité d'éthique, mis en place par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), a récemment produit un protocole de triage des patients dans l'éventualité où les hôpitaux de la province connaîtraient une pénurie de matériel et d'équipement médical.

Le protocole, qui a été parachevé il y a près d'une semaine, n'a pas été rendu public. Il est «réservé pour les cliniciens et les professionnels de la santé», a indiqué le MSSS dans un échange de courriels.

Webinaire annulé

Mardi soir, la présidente du comité d'éthique, Marie-Ève Bouthillier, et le chargé d'enseignement de clinique à l'Université de Montréal Joseph Dahine devaient offrir des précisions sur le protocole de triage à l'occasion d'un webinaire. Celui-ci a été annulé le soir même «pour des raisons hors de [leur] contrôle», sans plus de détails.

Quelques heures plus tôt, le MSSS avait décliné notre demande d'entrevue avec Mme Bouthillier.

«Ce qui nous stresse, c'est que si on vient à manquer de masques et d'équipements de protection, on ne pourra pas intuber les gens parce qu'on ne pourra pas les soigner, donc on va les regarder mourir», explique avec inquiétude l'infirmière Caroline Dufour.

Le protocole doit éviter d'incomber au personnel soignant la lourde tâche de prioriser un patient plutôt qu'un autre, explique Pierre Pariseau-Legault, spécialiste de l'éthique et du droit de la santé. Les comités d'éthique sont en quelque sorte des «garde-fous» pour éviter de potentiels abus.

Selon lui, avant de trier, il faut tenir compte de l'âge du patient, mais aussi de la manière dont il réagit au traitement, tel que la ventilation mécanique, qui n'est pas sans risque. Les outils de dépistage, de protection ou encore le matériel au soin intensif peuvent venir à manquer et il faut être prêt à cette éventualité, ajoute M. Pariseau-Legault.

Comité d'éthique

«Dans l'urgence de la situation, je pense que ça peut être rassurant sur le plan démocratique de s'assurer que [le comité d’éthique] prenne le temps de réfléchir à ces questions et de s'intéresser à qui se passe sur le terrain pour ramener ça dans des éléments de réflexion plus abstraite», soutient le spécialiste.

M. Pariseau-Legault nuance néanmoins le pouvoir décisionnel des comités d’éthique. «Les décisions reviennent toujours aux professionnels de la santé qui appliquent des recommandations.» Ces recommandations sont des balises qui seront traduites en procédures par les établissements de santé qui guideront la pratique des professionnels de la santé, explique-t-il. «Comme ce sont des recommandations, il y a toujours une forme de flexibilité qui doit être de mise dans la façon dont on les applique.»

Se préparer au pire

"Pour l'instant, même avec les pires scénarios de la santé publique, on ne devrait pas manquer de ventilateurs", avance en entrevue avec L'Atelier un médecin du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), qui désire demeurer anonyme.

«Nous analysons et suivons de près quotidiennement notre approvisionnement», écrit de son côté l'agente de communication de l'établissement, Sylvie Robitaille. L'hôpital a reçu la semaine dernière une livraison de 1000 visières destinées au personnel soignant.

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