Au-delà des manifestations, des campagnes publicitaires et des choix écologiques quotidiens, les œuvres d’art peuvent aussi servir la cause environnementale. C’est du moins le pari de projets artistiques de jeunes engagés qui visent à sensibiliser à la lutte contre les changements
climatiques.

Le Collège Jean-Eudes à Montréal a impliqué ses élèves pour faire de l’établissement une école verte dans le but de « former des écocitoyens ». De la confection d’un mur de plantes au recyclage des casques de football de l’équipe de l’école pour le cours d’arts plastiques, le collège compte des dizaines d’initiatives de la sorte pour mobiliser ses étudiants de manière concrète.

Ces gestes poussent les élèves à réfléchir sur les enjeux du réchauffement climatique. Le processus créatif dans l’art aide à se questionner et à philosopher sur la confection d’une œuvre artistique. Participer à un processus créatif a des impacts à long terme sur la réflexion derrière l'œuvre. Lier la pièce à la problématique des changements climatiques favorise l’engagement sur une plus longue période

Pour mobiliser la population sur un enjeu, il faut travailler avec la communauté de manière à l’inclure dans les initiatives. « Quand on voit que les actions ont un effet positif, c’est beaucoup plus engageant », déclare la spécialiste en résilience et adaptation aux changements climatiques et diplômée de la maîtrise en environnement et changement climatique à l’Université de Sherbrooke Emma Orellana-Pepin. Selon elle, il est également important d’avoir une approche locale au lieu de miser sur des impacts globaux, comme la réduction de la consommation d’essence. Elle souligne aussi l’importance d’actions concrètes au quotidien afin de réduire l’impact humain sur l’environnement.

Cognition incarnée

Les défis psychologiques des artistes qui veulent sensibiliser et engager la population à la lutte contre les changements climatiques sont grands. Albert
Lejeune, directeur de l'Institut des sciences cognitives de l'UQAM, décrit les premiers enjeux liés au cerveau humain : « Notre cerveau est le prolongement du cerveau animal. Il nous oriente à percevoir les menaces directes et rapides, mais il ne nous apprend pas à percevoir des menaces plus abstraites. »

M. Lejeune parle également de la notion de cognition incarnée. Ce concept psychologique s’intéresse aux gestes de la vie quotidienne de l’humain. Selon les chercheurs Arthur Markman et Miguel Brendl, la cognition incarnée veut que les « représentations que les individus se font de leur propre espace dépendent de leurs représentations perceptuelles et motrices. »

« Ce n’est pas seulement un problème abstrait [celui des changements climatiques], note Albert Lejeune. C’est un problème ressenti à travers notre système sensorimoteur. » Le cerveau humain est en train d’adapter la problématique des changements climatiques comme une menace de plus en plus tangible et rapide.

Beaucoup de barrières

Robert Gifford, professeur en psychologie et études environnementales de l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, fait état des barrières psychologiques qui empêchent l’être humain de réagir aux changements climatiques. Du déni aux risques financiers, en passant par l’ignorance et le jugement social, près d’une trentaine d’obstacles cognitifs se dressent dans le cerveau humain.

Là est le défi des artistes qui créent des œuvres sensibilisant aux changements climatiques : ils doivent, par le biais de leurs créations, être en mesure de pousser la communauté vers une forme d'engagement en brisant le plus de barrières cognitives possible. L'objectif principal demeure toujours de mobiliser la population.

L’artiste doit impliquer les gens dans le processus créatif de son œuvre, même si cette dernière est terminée, pour qu’ils se sentent concernés et posent des gestes constants pour lutter contre les changements climatiques. La création doit comprendre la diffusion de l'œuvre, mais également un moyen de communication efficace sur le processus qui crée de l’engagement dans la population.

Une étape importante

La sensibilisation est nécessaire, mais elle ne donne pas de gestes concrets pour lutter contre les changements climatiques. Selon Emma Orellana-Pepin, avec l’abondance de stimulus externes et de bruit venant interférer avec les messages cognitifs, une simple campagne de sensibilisation n’a souvent que des effets à très court terme.

Le Conseil des arts du Canada met l’environnement en avant

Les artistes et le milieu artistique pourront-ils être soutenus dans leurs efforts pour la sensibilisation aux questions environnementales ? « Toutes et tous auront les moyens et les ressources pour exercer leur responsabilité sociale et contribuer à l’atténuation des conséquences des changements climatiques », assure le plan stratégique 2021-2026 du Conseil des arts du Canada dévoilé le 15 avril dernier.