New York semble pionnière en matière d'énergies propres après avoir porté plainte le 22 avril dernier contre les géants pétroliers ExxonMobil, Royal Dutch Shell et BP, accusés par la ville américaine d'avoir trompé les consommateurs en amplifiant " les bienfaits pour le climat " des produits liés au gaz naturel, aux biocarburants ou à l'hydrogène.

Ça ne va pas mener à une révolution d'un jour à l'autre.« - Maya Jegen

Bien que cette plainte ne soit pas une première, elle pourrait permettre aux entreprises de modifier leurs méthodes de communication. En effet, New York tente de porter atteinte pour la troisième fois depuis 2018 aux groupes pétroliers mondiaux, en espérant cette fois obtenir un résultat plus concluant que les deux rejets précédents.

Un combat judiciaire presque perdu d'avance

Maya Jegen, professeure et vice-doyenne à la recherche de la Faculté de science politique et de droit de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), estime " qu'on voit qu'il y a de plus en plus d'acteurs qui prennent la voie de la judiciarisation ". Toutefois, elle pense que New York a très peu de chances de gagner ce procès, mais qu'il a une valeur " symbolique " puisque la ville montre davantage d'intérêt pour le bien-être des consommateurs.

Le temps est venu pour d'autres acteurs de s'emparer de la lutte, selon Mme Jegen. Depuis longtemps, seuls les groupes environnementalistes s'attaquent aux grandes pétrolières. À présent, un nouvel acteur prend position, mais " ça ne va pas mener à une révolution d'un jour à l'autre ", souligne la spécialiste.

Selon elle, il faudrait prouver ce qui s'apparente à de l'écoblanchiment ou non, c'est-à-dire une stratégie de communication et de marketing adoptée par des entreprises afin de mettre en avant des arguments écologiques pour se montrer écoresponsable auprès du public, alors que la réalité des faits n'y correspond pas.

Camélia Radu, professeure à l'UQAM et experte en responsabilité sociale des entreprises, parle même " d'irresponsabilité sociale " au sujet de cette technique qui viserait à tromper le consommateur, qui doit lui-même aussi faire un effort pour s'informer sur ces compagnies.

Selon elle, le manque de standards encourage les entreprises pétrolières à dire " n'importe quoi parce qu'il n'y a pas de normes ". La professeure regrette que ces dernières soient difficilement mesurables et compréhensibles." Les grandes [compagnies] pétrolières vont porter beaucoup plus d'attention à leur communication ", estime-t-elle.

Une stratégie canadienne jugée inefficace

De son côté, le Canada n'a pas atteint les cibles environnementales qu'il s'était fixées dans le cadre de l'Accord de Paris en 2015."  Il faut vraiment établir des cibles réalistes ", clame Mme Radu. " Le gouvernement canadien est toujours un peu frileux pour faire des mesures radicales parce que beaucoup d'emplois sont en jeu ", ajoute-t-elle.

Actuellement, Mme Radu fait une recherche sur les divulgations environnementales des villes canadiennes qui permet d'analyser la façon dont les villes traitent les problèmes écologiques autour d'elles. Elle observe " une très grande variabilité " entre les villes en raison de leurs intérêts divergents en matière d'objectifs environnementaux.

Sur l'échantillon des cent plus grandes villes du pays, chacune adopte une vision locale. Mme Radu qualifie cette façon de faire de "  stratégie déficitaire ". Par conséquent, elle invite les villes à se réunir pour avoir de " bons résultats " à l'échelle mondiale.

Avec l'Agence France-Presse