Une somme totalisant 17,6 milliards de dollars sera investie par le gouvernement fédéral pour financer ce qu'il appelle " une relance économique verte post-pandémie ".

La valeur des forêts urbaines au pays est évaluée à plusieurs milliards de dollars. -Alice de Swarte

Selon le directeur général par intérim de la Fondation David Suzuki, Ian Bruce, " ces investissements records dans le climat et la nature sont primordiaux pour la sécurité de la nation à long terme, mais la suite sera déterminante ".

Il affirme que le Canada a besoin d'objectifs climatiques plus fermes et à plus court terme. Ceux-ci devront être accompagnés de changements à la législation sur la responsabilité afin de garantir leur atteinte.

Protection des eaux et des terres

Le budget fédéral inclut des investissements historiques en matière de protection de l'environnement et d'avancées technologiques vertes. La coordonnatrice en conservation et analyse politique de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), Alice de Swarte, se réjouit du désir apparent du gouvernement canadien d'investir dans la lutte contre la crise de la biodiversité.

" L'objectif du budget est de protéger 25 % des terres et des mers d'ici 2025, mais un investissement plus important que les 976,8 millions de dollars déjà alloués sera nécessaire au cours des prochaines années pour l'atteindre ", dit-elle.

Mme de Swarte explique que, pour les mers du Canada, l'application concrète de cette mesure ne consiste pas en l'interdiction de la pêche sur l'entièreté des eaux protégées, mais plutôt en la création de cœurs de conservations dans lesquels l'industrie sera bannie. " C'est un pas dans la bonne direction pour permettre aux populations de poissons et aux écosystèmes marins de se régénérer ", affirme la coordonnatrice pour la SNAP.

Elle ajoute que, selon la communauté scientifique, le niveau de régénération que nécessite la vie marine requiert une fermeture des eaux à la pêche beaucoup plus importante que celle proposée par le gouvernement.

Valeur économique de la préservation des écosystèmes

Alice de Swarte met en évidence l'importance économique de préserver les écosystèmes canadiens. Elle explique que de nombreuses études ont été faites au Canada et que celles-ci démontrent la valeur économique et concrète des milieux naturels.

" En contrôlant le ruissellement des eaux de pluie, en améliorant la qualité de l'air et en séquestrant du carbone, la valeur de forêts urbaines dans diverses villes à travers le pays est évaluée à plusieurs milliards de dollars si elles sont préservées ", dit-elle.

Dans les prochaines années, 319 millions de dollars seront investis dans l'innovation des technologies de capture, de stockage et d'utilisation du carbone. Mme de Swarte confie qu'il ne faut pas perdre de vue que les milieux forestiers remplissent déjà, du moins partiellement, ces fonctions. " La conservation de la nature est aussi importante que l'innovation en ce qui a trait au carbone ", dit-elle.

La Fondation David Suzuki partage l'opinion de la SNAP dans ce domaine. De plus, elle s'inquiète que des investissements trop importants dans les technologies du carbone puissent retarder la transition du Canada vers l'abandon de combustibles fossiles.

" Il est généralement accepté par les scientifiques à travers le monde que la pandémie tire ses origines de la relation de l'humain avec la nature et de notre empreinte sur l'environnement. Notre façon de traiter la biodiversité nous a ainsi coûté extrêmement cher ", raconte Mme de Swarte.

" Réimaginer l'objectif de l'économie canadienne et la façon dont nous choisissons de définir et de mesurer son succès est une occasion unique de faire preuve de leadership à l'échelle mondiale. Le gouvernement actuel s'engage à mesurer ce qui compte et à s'orienter vers une économie au-delà du PIB [produit intérieur brut] qui assure le bien-être des gens et de la planète ", a déclaré le directeur général de la Fondation David Suzuki pour l'Ontario et le nord du Canada, Yannick Beaudoin.