Les manifestations prodémocratie battent leur plein en Thaïlande depuis la semaine dernière, mais le combat des étudiants contre le régime militaire et la monarchie s'avère peut-être impossible.

Ils étaient des dizaines de milliers à protester dans les rues de Bangkok dimanche dernier afin de demander la démission du premier ministre thaïlandais Prayut Chan-o-cha et la réforme de la monarchie constitutionnelle et ce, malgré les mesures d'urgence instaurées par le gouvernement.

Selon Yann Roche, professeur de géographie à l'UQAM et expert de l'Asie du Sud-Est, la Thaïlande a toujours été aux prises avec une certaine instabilité politique : le pays détient même le nombre de coups d'État le plus élevé au monde. Prayut Chan-o-cha, un ancien général, est arrivé au pouvoir en 2014 à la suite d'un coup d'État militaire et à une révision de la constitution. Aujourd'hui, les Thaïlandais revendiquent leur droit à la démocratie et à des élections libres et transparentes.

UN COMBAT QUI RISQUE DE PERDURER

Malgré la mobilisation du peuple thaïlandais, il semble que cette action seule ne serait pas suffisante pour renverser le régime militaire et la monarchie en place. Certes, le mouvement étudiant est sérieux et maintient une certaine pression sur le gouvernement de Chan-o-cha, soutient M. Roche, mais il doit affronter « la double inertie d'une armée qui est particulièrement intense dans sa façon de garder le pouvoir et du roi qui ne veut en aucune matière voir la monarchie perdre de son influence. » Ainsi, les revendications pourraient durer encore des années. « Il y a vraiment une opposition très forte du point de vue structurel contre les manifestations », affirme-t-il. En effet, la place de l'armée dans la vie politique thaïlandaise est pratiquement séculaire. Les militaires sont omniprésents dans les structures politiques : il est ainsi difficile pour le peuple de les déloger.

Aux yeux de l'expert Yann Roche, la Thaïlande n'est donc pas près d'une démocratie : « J'aurais tendance à dire que la situation n'est pas près de tourner positivement et de se désengorger parce que justement, ce n'est pas la première fois que ça arrive. [Les militaires] sont bien en place, ils n'ont aucune pression contre eux à part les manifestations. Ils n'ont aucune incitation à évoluer [...], ce qui fait en sorte qu'on ne voit pas comment ils pourraient avoir une épiphanie et procéder à des élections libres en laissant le peuple décider. »

LA NÉCESSITÉ D'UNE PRESSION EXTERNE

Selon M. Roche, le seul moyen de renverser le système actuel serait qu'un pays influent exerce une pression externe sur la Thaïlande. « L'inertie est telle à l'intérieur du système que selon moi, il ne peut pas être bousculé ou renversé de lui-même, par l'intérieur », explique-t-il. « Je pense que le seul pays qui pourrait le faire serait les États-Unis. » Les Américains seraient apparemment les seuls acteurs en mesure d'inciter leurs alliés thaïlandais à effectuer un virage démocratique.

L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) ne serait d'aucune aide aux yeux de l'expert. « C'est déjà à la base de sa structure de ne pas se mêler des affaires internes des pays », précise-t-il. Il en est de même pour les pays voisins de la Thaïlande, notamment la Chine, qui sont mal placés pour faire la morale en terme de démocratie et qui n'ont pour l'instant aucun intérêt à intervenir.

ENCADRÉ :

Le prince héritier Maha Vajiralongkorn a été proclamé nouveau roi de Thaïlande en 2016, 50 jours après la mort de son père, le roi Bhumibol Adulyadej.

Ce dernier a régné pendant un peu plus de 70 ans. À sa mort, il est le plus ancien chef d'État en exercice.

Plus de 20 000 personnes ont manifesté pour la démocratie dans les rues de Bangkok dimanche dernier.
Plus de 20 000 personnes ont manifesté pour la démocratie dans les rues de Bangkok dimanche dernier. (Crédit photo : Éloïse Lamothe)