La société pharmaceutique, Amgen, a annoncé, ce mardi, avoir conclu un partenariat avec l'Institut québécois de l'intelligence artificielle (Mila) afin d'étendre la technologie à la recherche et au développement de médicaments.

L'IA est un outil innovant qui s'applique à toutes les étapes de la découverte des médicaments.

L'intelligence artificielle (IA) gagne de plus en plus de terrain dans le domaine des sciences de la santé. Pour Stéphane Létourneau, vice-président exécutif de Mila, ce n'était qu'une question de temps. "De plus en plus de spécialistes de renommée internationale de Mila ont un vif intérêt pour les recherches qui allient l'IA et les sciences de la vie", indique-t-il.

Avec ce partenariat, Amgen espère parfaire ses connaissances auprès des chercheurs de Mila dans le but d'utiliser la technologie pour le développement de nouveaux traitements. "L'IA est un outil puissant et innovant qui s'applique à toutes les étapes de la découverte des médicaments, que ce soit pour une meilleure compréhension des mécanismes biologiques des maladies, la conception de molécules, ou encore la prédiction des réponses cliniques et des profils d'innocuité", explique Philip Tagari, vice-président à la recherche d'Amgen par communiqué.

La technologie pourrait aussi être appliquée dans une perspective d'optimisation avec un médicament qui n'aurait pas traversé toutes les étapes de tests cliniques. L'IA viendrait cibler les possibilités d'application de celui-ci et par le fait même limiter l'utilisation des animaux.

La question éthique

L'intelligence artificielle fait face à des débats éthiques depuis quelques années et ce rapprochement entre Mila et Amgen amène le bioéthicien de l'École de santé publique de l'Université de Montréal, Bryn Williams-Jones, à se poser certaines questions. "Dans le point de vue d'améliorer le processus de recherche, très bien. Où je vois quelques soucis, c'est des problèmes généraux avec l'IA. Quelles sont les données utilisées? Est-ce que les biais cognitifs sont pris en compte? Comment la vie privée est-elle protégée?", questionne-t-il.

La qualité des sources de données est primordiale selon lui. Il mentionne que la plupart des participants aux études cliniques ne font pas partie des minorités ethniques, ce qui pourrait engendrer plusieurs complications, notamment dans la recherche dans le domaine de la santé.

M. Williams-Jones précise toutefois que les chercheurs sont maintenant bien au fait de ces enjeux quant aux sources de données, mais que cela doit être encore surveillé de près, tout comme le respect de la vie privée. "On doit poser les questions. Est-ce que toutes ces cases ont été cochées? Est-ce que l'IA est suffisamment bien construite pour éviter les biais?", ajoute-t-il.

Le bioéthicien précise que les problèmes de conflits d'intérêts sont aussi à prendre en compte. Il insiste que ce genre de partenariat ne doit pas empiéter sur la liberté universitaire en orientant la recherche par des intérêts commerciaux.

L'intérêt pour les sciences de la vie

C'est lors de la même conférence de presse dans le cadre d'Effervescence 2021, qui rassemble des scientifiques et des entrepreneurs des sciences de la santé, que le ministre de l'Économie et de l'Innovation, Pierre Fitzgibbon, a annoncé la création de la société de valorisation de la recherche Axelys.

Cette dernière va fusionner dès le 1er avril les trois organisations déjà existantes, soit Aligo Innovation, SOVAR et Univalor. Axelys est un accélérateur du transfert technologique de la recherche dans les entreprises et le réseau de santé. "Je pense qu'on est mieux positionné aujourd'hui pour intégrer encore plus l'innovation dans notre réseau", souligne M. Fitzgibbon.

Il s'agira essentiellement d'un service d'accompagnement pour les scientifiques afin de les aider à commercialiser plus efficacement leur découverte. Axelys s'inscrit dans la mise à jour de la stratégie québécoise des sciences de la vie. Le ministre indiquera d'ici avril les investissements dans le projet.