Les syndicats miniers québécois ainsi que leurs travailleurs dénoncent en grande majorité le débalancement des pouvoirs, entre les employeurs et les travailleurs, qu'amènerait le nouveau projet de loi 59, qui vise à moderniser le régime de santé et de sécurité au travail.

Le projet de loi 59, présenté pour la première fois à l'Assemblée nationale le 27 octobre dernier par le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, fait tout sauf des heureux dans le secteur minier québécois. De nombreux syndicats dénoncent le côté arriéré des nouvelles mesures qu'amène ce projet, notamment le syndicat des Métallos, qui représente plus de 60 000 travailleurs du domaine.

" Dans les mines , les lois et règlements ont été écrits avec le sang des mineurs "

Selon Dominic Lemieux, directeur de Métallos, le secteur minier a été un précurseur dans l'adoption de lois sur les normes de sécurité au travail, mais avec le projet de loi 59, le fonctionnement des mines québécoises risque de ressembler à celui en place dans les années 50. Le principal problème selon lui: trop de pouvoir sera accordé aux employeurs. Des décisions dans de nombreux domaines, qui jusqu'à maintenant étaient prises conjointement par les travailleurs, les syndicats et les employeurs, seront maintenant exclusivement prises par ces derniers. Il y a donc selon lui un enjeu de protection.

" Le paritarisme ne sera plus pareil. Le médecin d'établissement va être choisi seulement par l'employeur alors qu'il était autrefois choisi conjointement. Le programme de prévention, qui est la pièce maîtresse d'une prévention [d'accident] dans un milieu de travail, sera choisi par l'employeur ", a dénoncé entre autres M. Lemieux lors d'une vidéoconférence ce mardi. " On vient dénaturer et vider de son sens la loi actuelle. On enlève toutes les protections minimum ", enchaîne-t-il. Selon Métallos, la prévention dans le secteur minier est une question de vie ou de mort. Bien que les accidents mortels dans les mines diminuent année après année, le syndicat craint que les statistiques puissent aller dans le sens contraire avec l'adoption du projet de loi 59.

Un recul dans le fonctionnement des mines

Nadine Joncas, représentante à la prévention chez ArcelorMittal Canada à Fermont, croit que " d'enlever la collaboration et le paritarisme qu'il y a dans les comités, c'est d'enlever le levier que les travailleurs ont pour se faire entendre et changer les choses dans leur milieu de travail ". La collaboration entre les travailleurs et les employeurs est importante. Selon elle, c'est grâce à l'implication des deux partis dans la création des normes et des règles du secteur minier que celui-ci a pu s'améliorer et survivre jusqu'à aujourd'hui. En enlevant la participation des mineurs dans la prise de décision, l'amélioration du milieu de travail sera plus ardue, et son climat, plus tendu.

Le resserrement des règles sur l'indemnisation des travailleurs blessés est un autre problème relevé par les syndicats miniers. André Racicot, président du syndicat des Métallos à la mine Westwood, dénonce principalement la nouvelle nécessité que la perte d'audition à la suite d'un accident soit bilatérale pour qu'un travailleur soit indemnisé. " C'est un recul inacceptable. Il s'agit d'une exclusion presque complète d'une maladie, une première depuis 1979 ".

M. Racicot poursuit en disant que la nouvelle loi sera particulièrement néfaste pour les travailleurs de 50 à 60 ans. Les miniers ayant une blessure incapacitante ne leur permettant pas d'être indemnisés devront se tourner vers le bien-être social, et donc être aux frais des contribuables plutôt que ceux des employeurs.

" Cette loi nous fait reculer. Tel qu'il est présentement, le projet de loi 59, nous demandons qu'il soit rejeté. On aime mieux vivre avec notre vieille loi de 40 ans plutôt que de reculer avec le projet de loi 59 ", conclut Dominic Lemieux.