La division des votes dans l'élection de 3 novembre est plus serrée que les sondages ayant prédit une avance pour Joe Biden: les sondeurs devront revoir leurs méthodes.

2016, un résultat catastrophique pour les sondeurs?

À la sortie des élections américaines de 2016, les entreprises de sondages ont dû se remettre en question. En effet, la plupart avaient prédit la victoire d'Hillary Clinton au vote populaire et auprès des grands électeurs du Collège électoral. Or, l'ex-vice-présidente a remporté ce premier avec un écart de 2 pour cent, alors que les sondages avaient prédit une différence d'un pour cent près. Le problème demeure chez les sondages par État qui ont une réelle influence sur le résultat final. Un bon exemple est celui de la Pennsylvanie, du Wisconsin et du Michigan. Ces trois États, qui ont été accordés aux Bleus lors des 6 élections précédentes, ont, à la surprise de tous, penché pour Donald Trump.

Selon Claire Durand, professeure titulaire au département de sociologie de l'Université de Montréal et présidente sortante du World Association for Public Opinion Research (WAPOR) ce manquement chez les sondeurs s'explique en quatre temps.

Premièrement, elle remarque, avec l'aide d'un rapport émis par l'American Association for Public Opinion Research(AAPOR), une surreprésentation des électeurs éduqués. Plusieurs études constatent que les électeurs ayant fréquenté l'université sont plus enclins à participer à des sondages, mais aussi à voter pour les démocrates. Le Pew Research Center explique que l'idéologie républicaine sous Donald Trump pousse une certaine partie de ses supporters à ne pas participer aux sondages.

« Étant donné le discours anti-élite de la campagne électorale de Trump, ses électeurs ont davantage tendance à refuser de participer à des sondages contrairement à d'autres électeurs », remarque l'AAPOR.

Deuxièmement, le taux de participation chez les démocrates a baissé ou est resté relativement le même alors que celui des républicains a augmenté. En Pennsylvanie, Catalist, une entreprise dans la gestion de données affiliée au Parti démocrate, a estimé que ceux qui avaient voté en 2012, mais pas en 2016 étaient davantage démocrates que les électeurs de 2016.

« Étant donné le discours anti-élite de la campagne électorale de Trump, ses électeurs ont davantage tendance à refuser de participer à des sondages contrairement à d'autres électeurs », remarque l'AAPOR.

Depuis, l'éducation est considérée comme une variable importante dans les sondages électoraux, explique Claire Durand, et si les méthodes de sondages étaient à critiquer, elle pense que la diversification des méthodes pâlit face au problème. Elle a constaté que 16 pour cent des sondeurs vont même jusqu'à mélanger les méthodes dans un seul sondage que ce soit par Internet, par téléphone en temps réel ou par sondage automatisé (IVR), etc.

Résultats préliminaires

Le site FiveThirtyEight, spécialiste du journalisme de données a simulé l'élection 40 000 fois pour en arriver avec plusieurs scénarios. Joe Biden y était vainqueur 89 fois sur 100.

Les premiers États annoncés ne sont pas une grande surprise. Les sondages ne pouvaient pas se tromper. Pour ce qui est des États à surveiller, les résultats ne seront pas tout de suite connus.

Les États clés comme la Pennsylvanie, le Wisconsin, le Michigan et la Floride où Biden était en avance dans les sondages semblent se tourner vers Trump.

Le Minnesota penche pour Biden alors que l'Iowa, l'Ohio, la Caroline du Nord et la Géorgie qui étaient incertains dans les sondages restent « Rouges ».

Du côté du vote populaire, les sondages donnaient une avance entre 1 et 12 points à Joe Biden. Au moment d'écrire ces lignes, la course est très chaude, Biden ayant une avance d'un maigre point. La majorité des votes par la poste ne seront pas comptés ce soir alors que certains États ont jusqu'à vendredi pour le faire. Ces votes par anticipation sont reconnus pour être majoritairement démocrates et risquent d'être décisifs dans les États clés comme la Pennsylvanie ou l'Ohio où le vote est serré.

Sur son blogue, Claire Durand écrit qu'elle est convaincue que Biden remportera la course. « Pour que Donald Trump gagne, il faudrait que plus de 50 différents sondeurs avec différentes méthodologies se soient trompés. C'est très peu probable. » Une probabilité de moins en moins certaine qui risque d'entrainer une autre remise en question chez les sondeurs.

Analyse des sondages sur l'élection américaine de 2020, selon Claire Durand.
Analyse des sondages sur l'élection américaine de 2020, selon Claire Durand. (Crédit photo : Annemarie Maeng)