Les problèmes de financement et le besoin de publier en grande quantité, deux enjeux qui exercent des pressions sur le domaine de la recherche scientifique, bénéficient énormément aux revues prédatrices qui usent de diverses techniques pour s'enrichir sur le dos des chercheurs.

Les revues prédatrices profitent d'une certaine façon d'une tempête parfaite entre le besoin de publier pour les chercheurs et le fait qu'on ait accepté de payer pour avoir notre article publié« - Larivière

Pour un chercheur, l'intérêt associé à une plus grande quantité de publications sur son curriculum est synonyme d'un taux de succès plus élevé afin d'obtenir une subvention. "Les façons dont nous sommes évalués, c'est selon notre productivité et du nombre d'articles publiés. L'importance de la revue doit être considérée, mais c'est aussi le nombre de publications par année qui peut jouer un rôle important [pour le financement]", souligne Benoit Barbeau, virologue au département de sciences biologiques de l'Université de Québec à Montréal (UQAM).

Lorsqu'un chercheur décide de publier dans une revue de son choix, il doit faire réviser son article à deux reprises : une fois par l'éditeur et l'autre par ses pairs. Le processus peut prendre jusqu'à un an. Les chercheurs bénévoles qui évaluent l'article doivent ensuite décider si le papier est accepté, rejeté ou nécessite des modifications. Si c'est le cas, le chercheur a en moyenne deux mois pour retravailler son article et le renvoyer à ses pairs pour une deuxième évaluation.

Néanmoins, dans le cas des revues prédatrices, il suffit parfois de quelques jours ou semaines avant qu'une recherche soit publiée. Les revues prédatrices offrent aux chercheurs, en échange d'une somme d'argent qui peut avoisiner les milliers de dollars, la possibilité de publier rapidement, en évitant les étapes de vérification qui sont habituellement obligatoires dans le processus d'édition officiel.

"Le spectre de la prédation"

"Les compagnies privées savantes ont le même but que les éditeurs prédateurs : faire des revenus", explique Vincent Larivière, professeur à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal. "Ce qui différencie les éditeurs prédateurs de ceux légitimes, c'est que dans le montant demandé par les éditeurs légitimes, il va y avoir un travail d'évaluation par les pairs."

OMICS, une des revues prédatrices les plus connues au monde, "a publié autour de 80 000 articles depuis sa création, à 1200 $ par publication, donc ça fait des revenus autour de 90 millions $", selon les calculs de M. Larivière.

En 2016, OMICS a dû payer une amende de 50 millions de $US pour avoir frauduleusement menti aux chercheurs en leur promettant que leurs articles avaient été vérifiés par des experts.

L'offre et la demande

Le financement universitaire des recherches scientifiques a drastiquement baissé au cours des dernières années. Avec un taux environnant le 15 % de succès, les chercheurs se butent souvent au mur financier des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Les organismes plus petits comme la Société de recherche sur le cancer se retrouvent à recevoir plus de demandes qui auraient préalablement été acceptées par l'IRSC. Un effet de goulot qui fait en sorte que pour "eux aussi leur taux de succès baisse", précise M. Barbeau

"Les revues prédatrices profitent d'une certaine façon d'une tempête parfaite entre le besoin de publier pour les chercheurs et le fait qu'on ait accepté de payer pour avoir notre article publié", souligne Vincent Larivière. "Le seul besoin, que la revue prédatrice remplit, est celui de la diffusion et non de l'information."