Le 29 octobre dernier, une plainte a été déposée à Washington contre Google, accusé de posséder un trop grand monopole qui ne laisse pas place à une juste compétition. Toutefois, la différence entre une compétition équitable et un abus de pouvoir reste complexe à définir, et Google n'est pas le seul géant du web qui sème la polémique.

L'action au civil contre Google pour poursuite illégale de monopole dans ses services généraux de recherche et dans ses services de recherche publicitaire est menée par le ministère de la Justice et 11 États des États-Unis. Depuis le dépôt de la plainte, la compagnie s'est faite silencieuse, ne commentant pas davantage la poursuite, à la suite du communiqué publié le jour même de l'annonce de la poursuite.

Entre monopole légitime et abus de pouvoir

Difficile de tracer la ligne qui sépare une juste concurrence d'un monopole écrasant la compétition de façon trop importante. Ysolde Gendreau, professeure de droit à l'université de Montréal spécialisée en droit de la concurrence, explique que " pour être quelque chose qui nuit à la concurrence, il faut faire une démonstration de tort qui est fait à la concurrence ". Une manière de faire est de démontrer la disparition progressive des plus petits médias, ou encore de montrer la manière dont se traduit la nuisance avec la question des revenus publicitaires.

Outre ces méthodes, Gendreau estime que dans le cas de la poursuite contre Google, il peut aussi être intéressant que les tribunaux et les parties examinent l'idée de la pluralité des sources journalistiques comme élément de démocratie : " C'est un élément qui doit rentrer en ligne de compte quand on fait l'analyse d'un monopole qui abuse de sa position dominante dans l'univers des médias. "

Ainsi, il est ardu de prouver que Google crée un tort suffisamment considérable puisque le consommateur peut facilement installer le moteur de recherche de son choix. " Les gens utilisent Google par choix et non parce qu'ils y sont forcés ou ne trouvent pas d'alternatives ", explique Kent Walker, vice-président et directeur juridique de Google, dans un communiqué. Il défend que certaines des applications les plus populaires, telles qu'Instagram, Amazon, Spotify et Facebook, ne sont pas préinstallées sur les téléphones intelligents, et donc que les consommateurs ne se limitent pas uniquement à ce qui leur est imposé sur leur cellulaire.

« Qu'est-ce que ça donnerait de démanteler Google? Je ne suis pas certain que ça donnerait quoi que ce soit. » - Jean-Hugues Roy, professeur à l'École des médias de l'UQAM.

Ce n'est pas la première fois qu'une poursuite est menée contre un géant informatique. Vers la fin des années 1990, une poursuite avait été menée contre Microsoft, blâmée parce que les ordinateurs vendus par l'entreprise venaient avec Internet Explorer. Microsoft n'a pas été démantelée et continue d'utiliser Internet Explorer. Jean-Hugues Roy, professeur à l'École des médias (ÉDM) de l'UQAM, compare la poursuite contre Microsoft à celle contre Google, concluant que, pour le consommateur, condamner Google n'amènerait pas nécessairement un bénéfice concret.

Le monopole de Google est-il la bonne cible?

Selon Roy, c'est plutôt un autre type de réglementation qui doit être mis en place afin de réglementer les géants du web. Ceux-ci devraient davantage partager leurs revenus avec ceux qui créent le contenu sur leur plateforme parce que ces géants font du profit avec l'attention de leurs consommateurs, attention retenue par le contenu disponible.

Si Google partage bien ses revenus avec ses créateurs (on peut d'ailleurs penser aux YouTubeurs), on ne peut en dire autant de Facebook, géant qui fait lui aussi l'objet d'une poursuite. Selon le professeur de l'ÉDM, c'est sur ce manque de partage qu'il faudrait davantage se questionner, plus que sur le monopole de Google. " Si tu fais des vidéos dans Facebook, Facebook ne te donne aucun retour, aucun argent. Ce n'est pas Facebook qui te permet de gagner ta vie, ce sont tes annonceurs. Facebook a beaucoup de chemin à faire pour mieux partager ses revenus considérables. C'est plus que sur ce clou là qu'il fait taper, je pense. "