Le bagage comme gage de succès en politique

Le bagage comme gage de succès en politique
Marika Lalime, étudiante de 20 ans au Cégep de Sherbrooke et candidate du NPD dans Sherbrooke.

Megan Foy

Les jeunes candidats politiques, moins pris au sérieux? Si certaines des jeunes candidates dans Sherbrooke se sont senties prises pour acquis par leurs collègues, leur âge s’est révélé être un facteur… pas si déterminant que ça.

« Au débat organisé à l’Université de Sherbrooke, j’ai trouvé assez particulier qu’il n’y ait aucune attaque contre le NPD considérant le fait que selon les sondages, le NPD [suivait de près le Parti Libéral en début de campagne] », avoue la candidate du NPD dans Sherbrooke, Marika Lalime.

C’est la députée du Parti Libéral (PLC), Élisabeth Brière, 53 ans, qui a été réélue le 20 septembre dernier dans la circonscription – circonscription bien connue pour sa communauté étudiante. Sa plus grande rivale au moment du vote: Ensaf Haidar, 36 ans, du Bloc Québécois. Contre elles? Marika Lalime, 20 ans (NPD); Marie-Clarisse Berger, 21 ans (Parti vert); et Andrea Winters, 23 ans (Parti conservateur), toutes trois encore aux études.

Une affaire d’idéologie plutôt que d’expérience

Mme Berger concède également s’être sentie légèrement sous-estimée par ses deux collègues plus âgées et plus expérimentées durant le débat, ce qui n’a pas du tout été le cas de Mme Winters : « Je me suis vraiment sentie prise au sérieux, d’autant plus que nous étions toutes des femmes », mentionne l’étudiante de 23 ans à l’École de Gestion de l’UdeS, en faisant référence à un autre facteur qui aurait pu être source de discrimination.

Ce sentiment différent de la part de ses camarades étudiantes peut toutefois s’expliquer par la réputation de son parti, le seul en voie de pouvoir détrôner le gouvernement de Justin Trudeau à Ottawa selon les sondages – toutefois non-élu dans la circonscription depuis l’époque Jean Charest (1984-1998).

C’est ce qu’explique Eugénie Dostie-Goulet, chargée de cours à l’École de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke : « Je ne crois pas que l’âge soit le plus gros déterminant de si on vote pour la personne ou non, concède-t-elle. Ce n’est même pas le candidat lui-même, c’est le parti qu’il représente. »

Et au moment du débat, qui a eu lieu le 9 septembre dernier, les sondages plaçaient… Mme Haidar (BQ) et Mme Brière (PLC) en tête.

Un Sherbrooke ouvert aux jeunes

Si les candidates du NPD et du Parti Vert dans Sherbrooke ont perçu un manque d’ouverture de la part de la députée libérale et de la candidate bloquiste, elles ont senti un appui très fort de la part de la population: « Je n’ai eu aucun mauvais commentaire sur le fait que j’étais une jeune femme. Sherbrooke est habitué de voir des jeunes, Pier-Luc Dusseault avait 19 ans quand il s’est fait élire », confie la néo-démocrate Marika Lalime.

En 2011, le néo-démocrate de 19 ans avait été élu dans la foulée de la vague orange avec plus de 3700 voix d’avance, devenant ainsi le plus jeune député que le Canada ait connu au Parlement. Réélu en 2015, il est défait en 2019 d'à peine 600 voix par la députée libérale actuelle.

À cet effet, la professeure Eugénie Dostie-Goulet, également auteure de l’ouvrage La politique positive : un levier pour susciter l’intérêt envers la politique chez les jeunes, considère que M. Dussault n’a pas nécessairement « pavé le chemin» pour les futurs jeunes candidats en politique, « mais a pu démontrer aux sceptiques, à la suite de son élection, que l’âge, clairement, n’a aucun impact sur la capacité de bien faire son travail. »

Des jeunes électeurs plus interpellés?

Mme Dostie-Goulet, qui côtoie régulièrement la nouvelle génération d’électeurs, croit que les jeunes candidats provoquent certainement un intérêt chez les 18-24 ans pour la politique, « mais ne vont pas nécessairement voter pour eux ».

« Oui au niveau de l’âge [et du sexe], je me sens mieux représentée qu’un homme de 50 ans » confie Laura Fequino, une étudiante de 2e année en sciences politiques à l’UdeS. Toutefois, elle nous a confié hésiter davantage entre les candidates du Bloc Québécois ainsi que du Parti Libéral du Canada, puisque ces deux partis représentaient davantage ses idées. « L’âge, on associe souvent ça à la sagesse, et je suis d’accord, mais en même temps, je m’intéresse beaucoup plus au bagage du candidat, ce qu’il à offrir » précise-t-elle.

Laura Fequino, étudiante de 2e année en sciences politiques à l'Université de Sherbrooke.

« Je pense que la leçon à retenir, c’est qu’on a toujours des choses à apprendre, peu importe l’âge qu’on a » termine Mme Dostie-Goulet, en ajoutant que l’enthousiasme, l’énergie et le temps qu’ont les jeunes députés sont primordiaux dans l’équilibre à la Chambre des Communes.

Marika Lalime (NPD), Marie-Clarisse Berger (PVC) ainsi que Andrea Winters (PCC) ont confirmé vouloir sans aucun doute vouloir se représenter lors de futures élections fédérales.

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