Le 11 novembre de chaque année est une journée de commémoration importante pour de nombreux Canadiens. Ce jour du Souvenir est célèbre pour ses coquelicots et symbolise un « merci » national à tous les vétérans du pays.

Cette année, la pandémie a mis un frein à la grandeur des événements habituels. La plupart se tiennent en privé ou par projection télévisée. Cependant, cette journée n’a pas moins d’importance pour les vétérans, qui se recueilleront seuls ou avec leurs frères et sœurs d’armes.

Frédérick Lavergne, 1993, en Bosnie avec les Casques bleus. Source : Frédérick Lavergne

Frédérick Lavergne, sur la photo ci-dessus, avait 20 ans lors de son premier convoi en 1993. Il est parti en Bosnie-Herzégovine avec les Casques bleus des Nations Unis. « C’était supposé être une mission de paix, explique le vétéran. Les Serbes, les musulmans et les Croates de la Bosnie se battaient pour avoir le territoire. Notre but était de soutenir, défendre et protéger les civils. »
Sur la photo, il attendait des infirmiers suédois qu’il devait escorter à l’hôpital. C’était devant le quartier général des Casques bleus en Bosnie, à Kiseljak, à environ 40 kilomètres au nord-ouest de Sarajevo.

Ce conflit, ou plutôt ce génocide, a été marquant et a hanté le Gatinois qui a, par la suite, fait la paix avec ses souvenirs grâce aux bandes dessinées qu’il a lui-même écrites.

Les Forces de l’armée canadienne ont travaillé avec les Casques bleus en Bosnie. Source : Frédérick Lavergne

Frédérick Lavergne a aimé son expérience dans l’armée : « ça pousse le corps humain à l’extrême. On se dépasse. Il faut se pratiquer et s’entraîner à toutes sortes d’éventualités. Ça développe l’initiative, le leadership. »

Les échanges de lettres, notamment avec son frère, ont été une source de bonheur pour lui en Bosnie. À une époque où les courriels n’existaient pas, ça lui permettait de se sentir comme chez lui pendant un petit moment.

Frédérick Lavergne arbore sa médaille de la Bosnie (à gauche) et celle du Canada pour le Service des Nations Unies (à droite). Source : Frédérick Lavergne

Cette année, Frédérick Lavergne marchera avec son chien de chez lui jusqu’au cénotaphe d’Ottawa, le Monument commémoratif de guerre du Canada, à défaut de pouvoir le faire, comme d’habitude, avec ses frères d’armes.

« Quand tu vas à la guerre ou en mission, t’as tout le temps des images, des bruits, des moments qui te reviennent. Ce n’est pas une affaire qu’on oublie du jour au lendemain. Ça reste dans ta mémoire », partage-t-il. Pour lui, tous les jours sont des jours où il se souvient, pas seulement le 11 novembre.

Par son expérience, il conseille aux Canadiens « de ne rien prendre pour acquis et de vivre leur vie à 100%. » La réalité de la guerre et des missions lui a fait réaliser que ce n’est pas le matériel qui compte, mais plutôt de profiter de chaque journée et des gens qu’il aime.

Antonio Luc Pelchat lorsqu’il était dans les Forces armées canadiennes. Source : Antonio Luc Pelchat

« Le jour du souvenir, pour moi, ça me rappelle ceux que j’ai perdus et une jeunesse oubliée, tous les sacrifices », raconte Antonio Luc « Shovel Cat » Pelchat, ex-caporal dans les Forces armées canadiennes. Cette journée lui rappelle également son père et ses oncles, ayant été impliqués dans des conflits par le passé.

Pour lui, le coquelicot est un symbole qu’on porte sur notre côté gauche, pour que ce soit le plus près du cœur possible, pour se souvenir que les soldats ont mis tout leur cœur dans leur travail. Cette petite fleur est rouge, pour le sang versé, et noire, pour illustrer la douleur et l’horreur des conflits.

« Dans mon cas, ce que je veux que les gens n’oublient pas de mon service, c’est que j’ai fait tout ce que je pouvais, que j’ai donné tout ce que je possédais, ma santé physique et mentale, ma force », ajoute-t-il.  Pour des raisons physiques et psychologiques à cause de son choc post-traumatique, M. Pelchat a dû quitter l’armée. Il est cependant toujours très fier d’être un vétéran canadien. Cette année, il prendra un moment de silence à l’extérieur avant de reprendre le cours normal de sa journée.

« Sans connaître le fond de l’histoire, sans connaître tous les détails, des fois, juste de dire merci, ça remonte le moral, ça fait du bien et ça nous donne un petit sourire », souligne M. Lavergne.