L'ambassadeur du Canada en Chine s'est montré rassurant lors d'une causerie virtuelle ce mardi dans le cadre de la journée canadienne de l'agriculture. Après une année mouvementée, il a bon espoir que le Canada saura se tailler une place de choix dans le marché agroalimentaire chinois.

Ils se sont mis à acheter comme des fous du blé, du soja, de l'orge, tout. Leurs importations battent des records.« -R. Yelda

Depuis l'affaire Huawei et l'arrestation des deux ressortissants canadiens en 2019, les pénalités commerciales lancées par Pékin auront eu des répercussions sur les exportations au Canada. Toutefois, selon Dominic Barton, les agricultrices et agriculteurs restent en bonne position. "On doit profiter de la croissance de ce pays et de son économie qui devrait surpasser celle des États-Unis d'ici 2028", indique-t-il.

L'analyste principal des marchés de l'Union des producteurs de grains du Québec (UPA), Ramzy Yelda, précise que la Chine constitue le premier acheteur mondial de grain et qu'elle représente les deux tiers de la demande en soja.

Incertitudes des marchés

Le nerf de la guerre reste encore dans l'imprévisibilité des marchés selon M. Yelda. "Depuis 10 ou 15 ans, les pays sont devenus beaucoup plus malins et ratoureux. Il y a très peu de barrières tarifaires, mais il y a maintenant une recrudescence de barrières non tarifaires avec un arrêt des achats", témoigne-t-il.

Même si des sanctions commerciales avaient été annoncées dans l'industrie du canola l'année dernière, d'autres types de grains, comme le soja, ont connu une baisse des exportations depuis l'affaire Huawei.

D'un autre côté, la pandémie est venue bouleverser les choses. "Ils se sont mis à acheter comme des fous du blé, du soja, de l'orge, tout. Leurs importations battent des records", affirme M. Yelda, ce qui ajoute à l'incertitude observée sur les marchés.

Une image de marque

"Où l'on doit travailler davantage, c'est par rapport à notre image de marque qu'on ne maximise pas suffisamment. Les consommateurs l'adorent ici. Il y a une image de qualité pour les produits agroalimentaires", a déclaré l'ambassadeur du Canada en Chine.

Selon l'analyste de l'UPA, leur popularité s'explique entre autres par l'accroissement du poids de la classe moyenne. "Les gens ont un pouvoir d'achat qui a beaucoup augmenté dans les vingt dernières années et donc le consommateur est devenu beaucoup plus sophistiqué. On est loin de l'image du bol de riz blanc", précise-t-il.

Après plusieurs scandales dans le secteur de l'alimentation, notamment avec la probable émergence de la COVID-19 dans un marché d'animaux vivants, le gage de qualité des produits canadiens, comme le porc, serait une valeur clé sur laquelle jouer. "Même dans la période la plus sombre de nos relations avec nos deux Michael qui sont emprisonnés, les gens faisaient la file devant Canada Goose et Tim Hortons", témoigne Dominic Barton.

Encore des territoires à explorer

M. Barton mentionne aussi l'importance de sortir des grands centres urbains chinois. "Il y a des parties prometteuses et excitantes de la Chine et d'autres qui sont plus sombres et frustrantes [...] Beaucoup se concentrent sur Beijing et Shanghai, mais il y a plus d'une centaine de villes avec plus d'un million de personnes", souligne-t-il.

Avec l'incertitude qui plane actuellement, ce dernier invite tout de même l'industrie agricole à établir des ponts avec d'autres pays sur le continent asiatique afin de sécuriser les marchés. "On a besoin de réfléchir sur la diversification des régions, des acheteurs et de la construction de notre image de marque", conclut-il.

Encadré: Faits saillants

  • La Chine est le troisième partenaire commercial du Canada en importance
  • Malgré un ralentissement en 2019, les échanges commerciaux entre les deux pays ont connu une augmentation constante de 11 % par année depuis 2001
  • La production de porc de la Chine a diminué de 6,8 % entre 2014 et 2019, tandis que ses importations ont augmenté de 39 % pour la même période.
  • Les importations de soja sont de 47 milliards de dollars en 2019 tous pays confondus. La part du Canada est de 2,9 %

Source : Statistique Canada, La situation du commerce mondial Canada-Chine et les liens de la chaîne d'approvisionnement.