À l'heure de la distanciation sociale et de la quarantaine, les relations amoureuses et les rencontres sont radicalement transformées.

Amélie, 24 ans, a décidé de vivre le confinement sans son conjoint. Elle affirme que la décision n'a pas été facile, mais qu'au final, c'est le potentiel manque d'intimité qui leur a permis de trancher. «Quand la crise a commencé, on était ensemble et on a commencé à se poser des questions par rapport à ça : est-ce qu'on continue à se voir, ou pas ? Ce qui a tranché c'est qu'on habite chacun avec des colocataires et que si on commençait à faire des va-et-vient, c'était potentiellement dangereux». Les amoureux ont donc pris la décision de se confiner chacun chez soi et de garder contact sur une base quotidienne.

Le psychologue Jean-Marc Assaad rapporte que les chances de dispute entre les membres d'un couple qui habitent ensemble lors des mesures de distanciation sociales sont augmentées. Un des défis pour ces couples est donc la gestion des émotions négatives et la démonstration d'empathie.

« Indépendamment du couple, on est plus stressés en tant qu'individus, ce qui fait en sorte que nous sommes plus irritables. Des petites choses qui, auparavant, ne nous dérangeaient peu ou pas du tout, vont prendre une plus grande ampleur, simplement parce que notre système nerveux est plus activé qu'à l'habitude en raison de certaines inquiétudes liées par exemple à l'argent ou à la maladie. On note donc plus de conflits parmi les couples qui décident de s'isoler ensemble. »

À l'inverse, le défi principal des couples qui se séparent pour la durée des mesures de distanciation sociale est de mettre les bouchées doubles afin de maintenir le lien émotionnel qui les unit.

Pour l'instant, Amélie ne se dit pas trop affectée par la séparation avec son conjoint. « Ça fait presque trois semaines alors ça va, je ne suis pas super affectueuse de toute façon. Mais je sais que lui ça lui manque plus, surtout de dormir ensemble, nous étions habitués. Ça me manque aussi un petit peu, mais honnêtement puisqu'on se parle tous les jours, c'est vivable pour l'instant. »

Les applications de rencontre pour combattre l'isolement

Laurie, 20 ans, est célibataire et utilise l'application de rencontre Tinder. Elle dit souffrir de l'isolement social, mais ne peut lier son utilisation des applications de rencontre à sa solitude. « En ce moment je parle à un garçon, on a commencé à se parler juste au moment où on apprenait que tout allait fermer et que je ne pourrais plus aller à l'école. Ça fait depuis ce temps-là qu'on se parle tous les jours. »

« Je ne pense pas que je souffre de ça, mais j'ai hâte de rencontrer cette personne quand on aura le droit de se voir à moins de deux mètres. Ça donne quelque chose à anticiper au bout de tout ça. »

Bien qu'elle ne soit pas en mesure de rencontrer le garçon en personne, ceux-ci ont trouvé le moyen de créer des liens virtuellement. « Ce qu'on fait en ce moment, c'est qu'on s'organise des dates. Il m'a dit ''je t'emmène au cinéma ce soir'' donc on s'est fait un Netflix Party, un visionnement de Netflix à distance. On s'est envoyé la liste des choses à faire en sortant du confinement, on a parlé de notre adaptation au fait de vivre en confinement. »

En ce qui concerne les gens célibataires, le Dr Assaad estime que l'utilisation des applications de rencontre est recommandable. «Rester seul à la maison, même pour quelqu'un qui a une bonne santé mentale, c'est définitivement une recette pour la dépression et l'anxiété. Si on est célibataire, et qu'on n'a pas de partenaire avec qui communiquer régulièrement, les applications de rencontre sont une belle alternative pour remédier à ce manque.»

Laurie abonde dans ce sens : « on s'oublie un peu, donc on va chercher de l'aide des autres pour se remonter le moral ».

Celle-ci s'estime chanceuse d'avoir trouvé un correspondant avec qui elle partage des intérêts en commun. « Ça permet de faire beaucoup de réflexions et j'ai eu la chance de tomber sur quelqu'un qui avait envie d'en parler, mais je suis très consciente que ce n'est pas toutes les conversations Tinder qui abondent dans ce sens. »

(Crédit photo : PETRAS MALUKAS - Agence France-Presse)