Gilbert Rozon aurait pénétré sans consentement sa victime le lendemain d'une soirée, alors qu'elle avait déjà repoussé ses avances à deux reprises la veille.

La victime alléguée de Gilbert Rozon a témoigné au Palais de Justice de Montréal, le 13 octobre, alors de l'ouverture du procès pour viol et attentat à la pudeur visant le fondateur du festival Juste pour rire.

Ils se seraient rencontrés il y a une quarantaine d'années à la station de radio où la jeune femme travaillait à l'époque. S'étant croisés quelques fois, ils sont sortis, un soir, prendre un verre dans une discothèque de St-Sauveur, histoire de mieux se connaître.

C'est dans la voiture, avant de ramener la cégépienne chez ses parents, qu'il se serait essayé une première fois. Il lui aurait demandé de faire du « necking ». Étant peu intéressée par l'homme de 25 qui l'avait ignorée la plupart de la soirée, elle refuse.

Tout à coup, changement de plan, Rozon aurait eu le besoin de faire un détour pour aller chercher des papiers chez sa secrétaire. Ils seraient rentrés tous les deux dans la maison et elle l'aurait attendu sur le divan du salon.

C'est quelques minutes plus tard que Rozon aurait tenté sa chance une deuxième fois, une tentative un peu plus agressive que la première. « Mon souvenir, c'est qu'il s'est jeté sur moi pour m'embrasser en mettant sa main dans mon décolleté, raconte la plaignante. Le bouton de ma chemise a fichu le camp. On a roulé ensemble par terre, il a rentré sa main en dessous de ma jupe. Il a essayé de lever ma culotte. J'étais vraiment fâchée. Je lui ai dit d'arrêter ».

Il lui aurait ensuite proposé un lit dans la maison, indiquant être trop fatigué pour la reconduire chez elle comme prévu. « Dans ma tête, ce n'était pas une option d'appeler mon père », se souvient la femme maintenant âgée d'environ 60 ans. Elle ne voyait pas d'autre choix que de dormir sur place et ne se sentait pas en danger. « Je me suis dit [que] le problème est réglé ; il a compris », explique-t-elle.

« La seule façon de s'en sortir, c'est de le laisser faire » Plaignante, dont l'identité est protégée

Quelques heures plus tard, elle aurait cependant subi la troisième et dernière tentative d'attouchement de l'accusé. « Quand je me suis réveillée, M. Rozon était sur moi et était déterminé à avoir des relations sexuelles », se rappelle-t-elle. Elle aurait résisté, il aurait insisté et c'est à ce moment qu'un sentiment de « lâcher prise » l'aurait envahie. « La seule façon de s'en sortir, c'est de le laisser faire », s'était-elle dit à l'époque, alors qu'elle n'avait plus du tout d'énergie pour se débattre. Son seul souvenir distinct du viol serait la fenêtre, à droite du lit, qu'elle a fixé jusqu'à la fin. Il l'a finalement ramenée chez elle.

« Quarante ans plus tard, j'y pense encore et je suis en colère contre moi », déplore la victime. Elle a décidé de témoigner, en 2017, suite à la vague de dénonciations envers l'ancien magnat de l'humour. Elle se rappelle avoir regardé sa fille et se sentir coupable. Elle ne voulait pas que sa fille vive dans un monde où le viol n'est pas puni. « Je ne veux pas que les femmes aient à faire ça », insiste-t-elle.

Le contre-interrogatoire, par Me Isabel Schurman, est devenu mouvementé en fin de journée. La défense a demandé à la plaignante si elle s'était sentie traumatisée. Elle voulait aussi lui demander si ce sont les policiers, lorsqu'elle a porté plainte, qui l'auraient convaincue que c'est une agression sexuelle qu'elle a subie.

« C'est à moi de juger si c'est une agression sexuelle, pas à la plaignante », répond la juge, Mélanie Hébert, doutant de la pertinence et de la légalité de ces questions. Elle s'en est remis à la jurisprudence pour trancher. Le contre-interrogatoire se poursuivra donc demain et le prochain témoin s'adressera au tribunal. Gilbert Rozon témoignera sous peu pour raconter sa version des faits.