Le Royaume-Uni a été le premier pays occidental à lancer sa campagne de vaccination contre la COVID-19 mardi, avec le vaccin de Pfizer. C'est une semaine avant que le Canada administre, lui aussi, ses premières doses.

La plus grande incertitude est la durée de l'immunité après une infection

La course au vaccin mondiale a fait émerger plusieurs joueurs, donc plus d'un vaccin. Pour le premier trimestre de 2021, le Canada attend d'ailleurs 6 millions de doses des groupes pharmaceutiques américains Pfizer et Moderna. Tous les Canadiens ne recevront donc pas le même vaccin. Ces compagnies ont développé leur produit de manière semblable. Ils injectent une imitation d'une partie du génome de la COVID-19 nommée l'ARN messager. Pendant une courte durée, l'ARN demande aux cellules de reproduire une protéine du virus pour que le système immunitaire puisse la reconnaître et la combattre dans le cas d'une réelle infection.

L'épidémiologiste Jean-Pierre Courteau affirme que tous les vaccins approuvés seront à peu près aussi efficaces et sûrs les uns que les autres. "Les seules différences seront dans les modalités de conservation et donc de distribution. Ce n'est pas un inconvénient majeur de disposer de plusieurs vaccins différents", ajoute-t-il. Deux personnes habitant ensemble pourraient ainsi recevoir chacune un vaccin différent, sans inconvénient.

La question de l'immunité

La plus grande incertitude qu'ont les épidémiologistes est la durée de l'immunité après une infection par le virus. "Avec l'avènement du vaccin, c'est la même chose. Une fois qu'on nous a inoculé deux doses de vaccin, combien de temps va-t-on rester immunisé contre de nouvelles infections ?", soulève le Dr Courteau. Seuls le temps et l'analyse des essais cliniques pourront y répondre. Pour l'instant, les experts disent que les vaccins de Moderna et de Pfizer assurent une immunité de trois mois. Les données des études cliniques sont en temps réel, il faudra donc attendre pour en déterminer la vraie durée.

Néanmoins, la disparition du virus pourrait encore prendre jusqu'à deux ans, le temps que toute la population soit vaccinée ou immunisée. "Même avec la vaccination, il va toujours demeurer un vecteur d'infection, soit les personnes asymptomatiques. Les mesures ne seront plus nécessaires à partir du moment où une personne infectée infectera, en moyenne, moins d'une autre personne, le fameux R0", indique l'épidémiologiste. En ce moment, au Québec, ce taux est plutôt autour de 1,22, selon l'Institut national de santé publique du Québec.

Des mesures uniformes

Dès le début de la pandémie, les experts ont analysé le virus rapidement. Des mesures sanitaires préventives ont donc été mises en place partout dans le monde. Même si certains points diffèrent d'un pays à l'autre, les mesures sont similaires et basées sur les mêmes principes. "Même si on va au Kenya et qu'on se rend au supermarché, il va falloir porter un masque. Basé sur la connaissance qu'on a du virus, il y a des mesures reconnues universellement", explique le Dr Courteau.

Alors qu'est-ce qui explique que certains pays sont plus touchés que d'autres? Pour les États-Unis, par exemple, ce serait des raisons plus politiques que scientifiques. "La Maison-Blanche ne semble jamais avoir pris au sérieux la menace", remarque Victor Bardou-Bourgeois, chercheur en résidence de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. Le manque de leadership fédéral a mené à une mosaïque d'intensités de mesures à travers les États. Pour les pays comme la France, l'Italie, la Grande-Bretagne et l'Espagne, les épidémiologistes se posent encore la question, mais ce serait lié à une forte concentration de population, surtout dans les grandes villes.

Le futur des dynamiques internationales

Pour Victor Bardou-Bourgeois, il est encore trop tôt pour évaluer l'impact de la pandémie sur les dynamiques internationales. "Dans l'histoire récente, les pandémies n'ont pas toujours été des événements très transformatifs sur le plan des relations internationales", explique-t-il. Sur le statut de puissance des États-Unis, il affirme que la gestion américaine, qualifiée d'incompétente, a nui au soft power du pays :"C'était déjà un problème depuis l'entrée en poste de Trump, mais les politiques visant à combattre la pandémie, ou l'absence de politiques, du gouvernement n'a fait qu'accroître le déclin de la crédibilité des États-Unis sur la scène internationale, à court et moyen termes."