Pour les immigrantes québécoises, la multiplication des tâches familiales liée à la pandémie de COVID-19 est un obstacle de plus vers l'égalité des genres, selon des représentantes d'organismes féministes.

Les protocoles sanitaires ont pris une énorme place dans le quotidien. - Aline Lechaume

"Les enjeux de travail invisible pour les femmes immigrantes sont les mêmes que pour toutes les femmes, mais il y a un surcroît", explique la professeure adjointe et membre de la Chaire de recherche sur l'intégration et la gestion des diversités en emploi de l'Université Laval, Aline Lechaume, lors de la conférence Le travail invisible des femmes immigrantes, organisée ce mardi par l'Association féminine d'éducation et d'aide sociale.

Elle ajoute que dans la dernière année, les protocoles sanitaires comme la confection de masques, le lavage de l'épicerie et des surfaces ainsi que l'accompagnement des enfants lors de la fermeture des écoles "ont pris une place énorme dans la gestion du quotidien", une responsabilité qui "a le plus souvent reposé sur les épaules des femmes".

Pour les immigrantes, les difficultés sont encore plus grandes. Elles ne "maîtrisent souvent pas le français", pourtant un outil nécessaire pour aider ses enfants à comprendre le contenu des cours. Avec l'annulation des ateliers de francisation et la réduction des activités sociales, "plusieurs femmes m'ont dit qu'elles ont perdu certains de leur acquis dans cette année d'isolement", ajoute Mme Lechaume.

Une situation déjà précaire

La pandémie ne fait qu'ajouter à un panier déjà surchargé pour les immigrantes, selon la coordonnatrice au Réseau d'action pour l'égalité des femmes immigrées et racisées du Québec, Yasmina Chouakri. La barrière linguistique, la méconnaissance de la société d'accueil, la non-reconnaissance des diplômes et les lourdes démarches bureaucratiques liées au statut de résidence créent une situation "qui va rendre leur travail invisible et leur charge mentale plus contraignants".

De plus, les femmes qui viennent d'arriver au Québec peuvent rarement compter sur un réseau d'entraide extérieur à leur cellule familiale. "Souvent, l'homme, qui était un pourvoyeur dans le pays d'origine, va aller chercher un travail ou retourner sur les bancs de l'école, alors que la femme va être en attente" et s'occuper du foyer, explique Mme Chouakri.

L'une des manières de briser cet isolement social est de faire du bénévolat, qui constitue alors une nouvelle source de travail non rémunéré. Cependant, pendant la pandémie, cette option est limitée.

Mme Chouakri se désole du fait qu'aucune politique d'immigration, autant fédérale que provinciale, ne tient compte "des besoins particuliers des hommes et des femmes".

Des pistes de solution

La coordonnatrice de projet au Collectif des femmes immigrantes du Québec (CFIQ) et responsable du Centre des femmes, Laura Noyer, est elle aussi d'avis que "toutes les institutions devraient être sensibilisées à la réalité des femmes immigrantes".

Elle pense que dans certains cas, il faudrait impliquer les hommes pour "leur faire prendre conscience que les rôles sont différents ici, et qu'il faut s'impliquer dans les tâches domestiques ou au niveau des enfants".

Selon une étude de Statistique Canada, en 2015, les Québécoises passaient une fois et demie plus de temps à faire du travail non rémunéré que les hommes. Chez les ménages immigrants, cette proportion est inconnue.