La compagnie de produits naturels de Jacynthe René, la Maison Jacynthe, tout comme le naturopathe Christian Limoges et sa clinique alternative Aube, ont été déclarés coupables d'exercice illégal de la médecine par la juge Natalie Duchesneau, mardi matin au palais de justice de Montréal

Le seul fait de laisser entendre qu'on peut améliorer la santé suffit. - Juge Nathalie Duchesneau

Les deux chefs d'accusation, déposés en Cour pénale par le Collège des médecins, étaient d'avoir donné des diagnostics et d'avoir proposé des traitements.

Les défendeurs ont peu réagi à l'énonciation du jugement. L'actrice et fondatrice de la Maison Jacynthe, Jacynthe René, très concentrée, a pris des notes durant toute la demi-heure qu'a duré l'audience. Dans sa robe d'un rouge vibrant, elle a ensuite discuté d'un air enjoué avec les photographes. Plus tard, dans une vidéo publiée sur Facebook, elle a dit que le verdict était une "grande surprise", mais a appelé à "dédramatiser la situation". Elle a aussi indiqué "travailler en étroite collaboration avec le Collège des médecins" pour s'assurer que ses produits sont en règle.

M. Limoges, pour sa part, est resté de marbre, arrivé quelques minutes en retard et parti dès que l'audience a été levée.

La sentence sera rendue le 18 mai prochain. La Maison Jacynthe et M. Limoges pourraient chacun devoir payer entre 50 000 et 125 000 dollars d'amende. Pour la clinique alternative l'Aube, ce montant serait entre 2 500 et 62 500 dollars.

Diagnostics et traitements

Mme René avait produit deux vidéos avec M. Limoge, en automne 2018. Lors d'échanges avec les spectateurs, le naturopathe avait expliqué que des symptômes comme des maux de ventre ou un haut taux de cholestérol étaient dus à un encrassement du corps. Ils ont tous deux proposé des remèdes dits naturels, notamment l'irrigation du côlon, une pratique jugée "invasive" par le tribunal.

Sur le site internet de la clinique Aube, il est écrit qu'avec l'irrigation du côlon "les canaux éliminatoires du côlon, des reins, des poumons et de la peau retrouvent leur fonction optimale les aidant ensuite à retrouver une santé globale". M. Limoges s'y décrit aussi comme "iridologue". L'iridologie est une pratique non reconnue par la science qui consiste à diagnostiquer des problèmes de santé selon l'apparence des iris du patient.

La loi indique que la médecine ne peut être pratiquée que par les membres d'un ordre professionnel. Selon la juge Duchesneau, même si les défendeurs n'ont jamais prétendu être médecins et n'ont jamais mentionné le mot "diagnostic", "le seul fait de laisser entendre qu'on peut améliorer la santé suffit". Elle a mentionné entre autres l'utilisation d'un "langage médical", qui induirait toute "personne raisonnable" en erreur. "Il ne revient pas au public de savoir ce qui est réservé aux médecins", a-t-elle précisé.

Plusieurs incidents

Les défendeurs n'en sont pas à leur premier avertissement. En avril 2018, un naturopathe d'Aube, Louis-Simon Leroux, a conseillé d' "utiliser une poire rectale" pour "donner un lavement" à un poupon de trois semaines qui souffrait de maux de ventre, via le compte Facebook de la Maison Jacynthe. Le vulgarisateur scientifique Olivier Bernard, connu sous le nom du Pharmachien, a partagé des captures d'écran sur les réseaux sociaux et déposé une demande d'enquête formelle au Collège des médecins.

Suite à cet incident, Jacynthe René a engagé des poursuites au civil contre MM. Leroux et Limoges pour dommages à sa réputation.

En juillet 2018, la Maison Jacynthe s'est fait réprimander par l'Ordre des chimistes du Québec pour n'avoir aucun chimiste accrédité, ce qui a été relaté dans La Presse.

Le 6 mars 2020, juste avant le début du confinement dû à la pandémie de COVID-19, la Maison Jacynthe a partagé un article vantant "un protocole naturel anti-coronavirus", ce qui a déclenché une nouvelle controverse dans les médias.