Rassemblés devant le palais de justice, une trentaine de manifestants attendaient, sans trop d'espoir, le verdict du procès de Gilbert Rozon. "Il faut être réaliste, c'est un vieil homme blanc millionnaire, on ne s'attend pas à avoir accès à une vraie justice", témoigne Martin.

"C'est déchirant, tu le sais toi que l'expérience que tu as vécue est valide, puis quand le système te laisse tomber, c'est dégueulasse. Je m'attendais à cette décision, je ne suis pas surprise, juste déçue ", a réagi Sam, membre du collectif Wake Up Calice, organisateur du rassemblement.

"C'est une grosse déception, ce que je voulais vraiment c'est qu'il y ait un déclic dans sa tête, qu'il y ait au moins une parcelle de gêne, qu'il croise au moins le regard d'une personne ici. J'espère qu'il va voir la déception dans les yeux des gens ", confie Audréanne Néron. Elle non plus ne se faisait pas d'illusion quant à la décision de la juge : "on s'y attendait, mais je suis déçue pour les prochaines, c'est décourageant pour les autres victimes".

Un système inefficace

Naïma est mère de trois enfants et fait partie de ces victimes qui ont perdu confiance en le système. Pleine d'espoir, elle est passée, peu avant le verdict, prêter son soutien aux manifestantes. "Si justice est faite, je pourrai porter plainte, je ferais davantage confiance au système", avoue-t-elle.

Patricia Tulasne a porté plainte contre Gilbert Rozon en 2017. "Ma plainte n'a pas été retenue. C'est notre système de justice et ses limites qui font qu'il y a plein d'agresseurs sexuels en liberté, c'est comme si la justice devenait complice de ces gens-là en leur disant ''continuez, il n'y aura aucune conséquence''." Pour elle, ce procès est "un simulacre de justice". "Notre système se base sur le fait qu'on ne peut pas mettre un innocent en prison, mais c'est aussi grave de laisser un coupable en liberté. Je vais me battre pour changer ça, jusqu'à la fin de mes jours s'il le faut."

Colère

Après avoir passé des heures à scander des slogans tels que "la justice au service des violeurs", les manifestantes ont laissé exploser leur rage. Plusieurs d'entre elles se sont jetées sur la voiture de M. Rozon, placardant leurs pancartes sur sa vitre en criant, la voix brisée et les larmes aux yeux.