'' Il est question de personnages féminins forts qui sont aux prises avec de grandes décisions. C'est une plongée tragique à travers des thèmes qui me sont très chers : l'entraide au féminin et la résilience ", nous explique la metteuse en scène du programme double dans une séance de questions-réponses avec les artisans de cette œuvre. Dans la reprise de La voix humaine, tragédie écrite par le compositeur français Francis Poulenc en 1958, la soprano émérite France Bellemare incarne une femme névrosée qui partage une dernière conversation téléphonique avec son amant. Accompagnée uniquement sur scène par la talentueuse Esther Gonthier au piano, Bellemare livre un acte quasi-parfait.

Le lyrisme de la solitude

La pièce lyrique expose une femme dans toute sa vulnérabilité, éprise d'un homme qui ne lui est promis. La cantatrice québécoise joue avec passion une femme au bord du gouffre à laquelle on s'éprend facilement, mariant avec grâce son jeu et sa voix. " C'est un rôle excessivement intense émotionnellement et ça demande beaucoup de vérité dans le rôle et dans la façon que tu l'abordes parce que c'est un sujet qui nous touche encore aujourd'hui, confie France Bellemare. Ce n'est pas fantaisiste. "

C'est un décor épuré qui accompagne la soprano tout au long de son monologue. Le tout est peint en blanc, agrémenté d'un téléphone et d'une voiture comme seuls accessoires. Quoique très minimaliste, celui-ci a su rendre honneur à l'élément clé du succès de la reprise de La voix humaine : la cantatrice France Bellemare.

L'union des esseulées

Dans le deuxième programme, L'hiver attend beaucoup de moi, road-opéra créé en 2018 par Pascale St-Onge et Laurence Jobidon, deux femmes sont mises en scène dans un sombre paysage hivernal. Toutes deux victimes de violence conjugale, elles se livrent graduellement l'une à l'autre. Véritables héroïnes d'une épopée de solidarité féminine, la soprano Vanessa Croome (Léa) et la mezzo-soprano Florence Bourget (Madeleine) jouent ensemble à merveille.

Tantôt douces, tantôt vives, les voix des deux Canadiennes guident l'audience dans le bourgeonnement de leur amitié. Cette ode à la résilience au féminin est rendue avec tact, quoiqu'à distance, grâce aux angles dynamiques de la caméra. La pièce, livrée en première mondiale sur les planches de la salle montréalaise, est soutenue par la pianiste Jennifer Szeto.

Même si l'accent anglophone de Vanessa Croome vient parfois altérer la compréhension de l'intrigue, contée en français, l'œuvre demeure un coup de maître. C'est d'ailleurs l'apposition de la première pièce à la deuxième qui fait du programme une production entièrement féminine et actuelle. L'alliance de femmes braves et sensibles, à une époque où les revendications pour l'égalité prédominent, trouve toute sa cohérence dans cet opéra. La voix humaine et L'hiver attend beaucoup de moi sont présentées par webdiffusion du 5 au 19 novembre.