Jusqu'à lundi dernier où ses partisans l'ont libéré de prison, le nouveau premier ministre, Sadyr Japarov, purgeait encore une peine de onze ans et demi de prison pour une tentative de prise d'otage sur un gouverneur régional en 2013.

Alors que celui-ci vient de commencer à former son gouvernement, certains députés ont toutefois mis en cause l'élection de Sadyr Japarov, le nombre de députés présents à la session extraordinaire l'ayant nommé premier ministre étant inférieur au seuil requis par la loi.

" Aucune des décisions prises par Japarov comme premier ministre n'est légale ", a ainsi assuré sur Facebook Aïda Kassymalieva, vice-président de l'Assemblée. La nomination de M. Japarov doit également être appuyée par le président Sooronbaï Jeenbekov.

Une condition qui ne semble pas inquiéter le premier ministre qui immédiatement après sa nomination, Sadyr Japarov, 51 ans, a dit s'attendre à la démission de M. Jeenbekov dans " deux ou trois jours ". " Je l'ai rencontré à la résidence d'État. Il a dit qu'après la confirmation du gouvernement, il démissionnerait ", a-t-il déclaré au moment de sa nomination, selon l'Agence France-Presse. Dans ce cas, Sadyr Japarov deviendrait le nouveau président du pays.

Une semaine de crise

La crise politique au Kirghizistan a débuté le dimanche 04 octobre après que les élections législatives aient été accusées de fraude. En effet, des bulletins ont été retrouvés précoces et des témoins ont raconté avoir reçu de l'argent ou des sacs de charbon en échange de leur vote pour des partis proches du président. Malgré l'annulation des élections, la confusion n'a fait que grandir au sein du pays.

Le 06 octobre, des affrontements entre policiers et manifestants ont fait un mort et plus d'un millier de blessés. Profitant du chaos, certains manifestants avaient fait libérer de prison l'ancien président, M. Atambaïev, condamné à 11 ans de prison pour avoir organisé des troubles massifs à l'ordre public et avoir libéré un chef mafieux. Il a de nouveau été incarcéré samedi.

Si cette crise fait craindre une flambée de violences au Kirghizistan, cette ex-république soviétique est une habituée des révolutions. Depuis son indépendance en 1991 elle en a connu deux et vu trois de ses présidents emprisonnés ou exilés. Considéré comme un îlot de stabilité et de démocratie dans cette région, le Kirghizistan, pays de 6,5 millions d'habitants, est historiquement et géographiquement divisé. Le Nord est séparé du sud par une chaîne montagneuse. Des disparités religieuses et idéologiques existent également. Le Nord, industrialisé, avec une forte minorité russe qui pratique un islam mêlé à des croyances chamaniques. La région connaît un essor de mouvements chrétiens protestants. Le sud, plus rural et agricole, pratique un Islam plus conservateur. Ainsi, se succèdent tour à tour des figures du Sud ou du Nord, renversées ensuite par le peuple à la suite d'élections jugées frauduleuses, comme ce fut déjà le cas en 2005, lors de la « révolution des tulipes », et en 2010 où des confrontations interethniques avaient fait plusieurs centaines de morts dans la région d'Och, vers la frontière du Tadjikistan. Autre composante, le crime organisé qui cherche à se rapprocher du pouvoir. Raïmbek Matraïmov, au coeur d'un gigantesque scandale de corruption selon une enquête de plusieurs médias, a ainsi financé la campagne du président actuel, Sooronbaï Jeenbeko.

Le président actuel, Sooronbaï Jeenbekov a ordonné vendredi l'état d'urgence, et fait appel à l'armée pour rétablir l'ordre.

La Russie, qui doit également s'occuper de la guerre dans le Haut-Karabakh et des manifestations anti-Loukachenko en Biélorussie s'est dit vendredi " très préoccupé ". Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov,a déclaré voir dans la crise " des éléments de chaos évidents " et soulignant sa " complexité et sa confusion ".