Alors que les mesures d'isolement exacerbent le risque de violence conjugale envers les femmes, plusieurs organismes ont dû s'adapter à la COVID-19 afin de continuer à apporter de l'aide aux victimes : c'est le cas de la clinique Juripop, qui offre de l'aide juridique abordable aux gens qui sont en situation de crise.

Voulant faire œuvre utile en se consacrant aux besoins criants des femmes victimes de violence conjugale, la clinique Juripop a décidé de mettre sur pied une ligne d'assistance juridique qui fournit des conseils en ce qui a trait au droit de la famille.

La directrice générale de la clinique, Sophie Gagnon, explique qu'il était important pour Juripop de trouver une façon d'aider ces femmes et leurs enfants en instaurant un nouveau programme. « On a téléphoné à des organismes pour comprendre quels sont les besoins actuels et on a décidé d'ouvrir une ligne pour que les gens puissent parler avec des avocats spécialisés en droit de la famille. »

Dix avocats ou avocates bénévoles sont présents au bout du fil pour conseiller gratuitement pendant une vingtaine de minutes les victimes de violence conjugale. L'équipe de Juripop s'assure d'apporter l'aide nécessaire en travaillant conjointement avec des travailleuses sociales ainsi qu'avec des maisons d'hébergement.


Augmentation du risque de violence

Une enquête réalisée par Statistique Canada en 2015 a démontré qu'au Québec 159 804 personnes ont déclaré avoir subi de la violence conjugale au cours des cinq dernières années. En raison du type de relation qui unit la victime à son agresseur, la violence conjugale se retrouve parmi les crimes les plus difficiles à dénoncer aux autorités policières.

« La violence n'arrive pas comme ça, juste parce qu'on est confinés. Plusieurs femmes vivaient déjà de la violence conjugale de la part de leur conjoint, et être enfermée 24 heures sur 24 avec celui-ci risque d'amener les victimes à vivre une aggravation de la violence », explique la coordinatrice du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, Louise Riendeau. La violence n'a pas besoin d'une raison pour exploser, tout peut être un prétexte pour un conjoint violent d'exercer son contrôle et d'agresser sa conjointe.

Les mesures de confinement peuvent rendre encore plus complexes les appels au secours des victimes. « Au moment où la période de confinement va se terminer, il va certainement y avoir une grande augmentation de demande d'aide », relève Mme Riendeau.


Des mesures strictes

« La présence d'enfants complexifie les cas de violence conjugale, car ils sont souvent utilisés comme jetons de négociation par le conjoint violent », explique Sophie Gagnon. De ce fait, les femmes vont vouloir éviter de quitter le foyer ayant peur de perdre la garde de leurs enfants.

Bien que les maisons d'hébergement demeurent ouvertes, Me Gagnon mentionne que celles-ci doivent se soumettre à de strictes mesures d'hygiène pour éviter la propagation du virus. D'ailleurs, Mme Riendeau, explique que « pour protéger la santé de tout le monde, femmes et enfants ainsi que des travailleuses, on est en train d'organiser des lieux alternatifs d'hébergement, où les femmes pourraient être en quarantaine avant d'intégrer les maisons ». De cette façon, les femmes ne seront pas laissées chez elles en danger.

Or, malgré tous les efforts déployés par les maisons d'hébergement et le gouvernement du Québec, les nouvelles règles sanitaires continuent de rendre la situation encore plus difficile pour beaucoup de femmes et d'enfants. Sophie Gagnon et son équipe de Juripop se disent conscientes des difficultés et des enjeux auxquels les femmes violentées font face lorsqu'elles doivent quitter leur foyer, et c'est pour cela qu'elles souhaitent outiller les victimes ainsi que leurs enfants afin qu'ils se protègent.

Recevant déjà plusieurs appels par jour, le service considéré comme essentiel pourrait se prolonger une fois la pandémie terminée. La ligne téléphonique 1 844 312-9009 est ouverte du lundi au jeudi de 9 h à 21 h, le vendredi de 9 h à 16 h ainsi que le samedi et le dimanche de 13 h à 19 h.

(Crédit photo : Laurie-Anne Arseneault)