Depuis le début du vingtième siècle, l'Azerbaïdjan et l'Arménie se disputent l'enclave du Haut-Karabakh. Les affrontements ont ressurgi avec une ampleur inédite le 27 septembre, en raison de l'arrivée d'un nouvel acteur, la Turquie, au côté de l'Azerbaïdjan.

Les raisons de l'implication turques

En 2004, Ankara affirmait le principe du " zéro problème avec ses voisins ", mais depuis quelques années la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan ne cesse de provoquer des conflits. Syrie, Grèce, Chypre, Russie, Europe, Arménie, République autoproclamée du Haut-Karabakh, la liste est longue.

Malgré les difficultés économiques et les différents politiques internes en Turquie, Erdoğan a choisi d'affirmer son soutien à Bakou.

La présence turque a fini par poussé la Russie à soutenir plus fermement l'Arménie, faisant de ce conflit territorial un enjeu politique régional.

Le président arménien Armen Sarkissian, dans un entretien à France 24, a affirmé que la Turquie était " activement impliquée " dans le Haut-Karabakh et qu'elle poursuivait son propre agenda, lequel " n'a rien à voir " avec les aspirations des populations locales.

Pour Alexandre Krylov, président de l'Association scientifique russe des spécialistes du Caucase, cité par le média international Eurasia Daily, l'Azerbaïdjan pourrait devenir une " réplique de la République turque de Chypre du Nord, qui est de fait une province turque ". " La politique actuelle de l'Azerbaïdjan, dont la dépendance vis-à-vis de la Turquie ne cesse de croître, conduira à la perte de sa souveraineté ", ajoute-t-il.

la politique actuelle de l'Azerbaïdjan, dont la dépendance vis-à-vis de la Turquie ne cesse de croître, conduira à la perte de sa souveraineté

Le pays serait l'"otage de la politique d'Erdogan ", depuis que le problème du Haut-Karabakh n'est plus seulement un conflit entre Bakou et Erevan. La Turquie, considérant l'Arménie comme un ennemi historique, " est partie prenante à part entière de ce conflit " selon l'expert.

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Intérêts communs

Recep Tayyip Erdoğan et Vladimir Poutine partagent cependant le même désir de mettre les Occidentaux à l'écart.

Les deux puissances sont tantôt alliées tantôt ennemies, mais s'accordent à limiter l'hégémonie de l'Occident.

La Turquie a depuis longtemps abandonné l'idée d'entrer dans l'Europe. Aujourd'hui elle souhaite prendre les devants et devenir une puissance incontournable au Proche et Moyen-Orient comme au Caucase et à lier politiquement ces régions.

En prenant part à divers conflits et notamment celui du Haut-Karabakh, Recep Tayyip Erdoğan cherche à redonner à la Turquie actuelle le pouvoir révolu de l'Empire ottoman.

ENCADRÉ

1500 mercenaires syriens déployés par la Turquie

Grâce à l'envoi de bataillons de soldats syriens, Ankara a pu limiter son engagement direct dans la crise, ainsi que les pertes humaines.

Ce procédé devient récurant. Plusieurs mois ont été nécessaires pour transférer environ sept mille mercenaires syriens en Libye, alors que plus d'un millier d'entre eux ont été dépêchés en quelques jours au Haut-Karabakh, dès le début du conflit.

Ces anciens rebelles anti-Assad du nord de la Syrie sont devenus des forces militaires proturques ces dernières années. Ankara les a utilisés pour des campagnes de plus en plus éloignées de leurs bases, d'abord contre l'État islamique puis contre les Kurdes. Elle les a ensuite dépêchés en Libye puis aujourd'hui au Haut-Karabakh.

Pour l'Azerbaïdjan 
Pour l'Azerbaïdjan " la Turquie est un pays frère ", les présidents turc et azerbaïdjanais le 25 février 2020. (Crédit photo : Mahé Cayuela)