Une somme unique de 500 $ en plus d'une maigre hausse de 10 % pour l'allocation mensuelle des aînés... Le gouvernement Trudeau est passé à côté du véritable problème : un système qui force les personnes âgées à abandonner leur domicile.

Une tranche complète de la population est dans l'ombre, oubliée et malmenée depuis des décennies. On fait la sourde oreille concernant les besoins des aînés, et cela date de bien avant la réforme Barrette au Québec et même avant la commission Castonguay-Nepveu dans les années 60. Comment se faire entendre quand on n'a plus la fougue de la jeunesse pour sortir, casserole à la main, marcher dans la rue? Comment, sans avoir la littératie numérique nécessaire pour écrire un plaidoyer au potentiel viral sur les réseaux sociaux, les aînés peuvent-ils espérer que leur message atteindra les sphères décisionnelles? Loin de moi l'idée de faire preuve d'âgisme, il existe certainement des exceptions, des personnes âgées qui courent des marathons ou des blogueurs octogénaires, mais la réalité est que les "vieux" ne font pas partie prenante des grandes décisions.

La ministre Freeland, avec le dépôt de son budget, a visé juste à côté de la cible en ce qui concerne les aînés. Ce que plusieurs personnes âgées s'acharnent à faire comprendre depuis trop longtemps n'a pas été entendu : la vraie solution réside dans un soutien de vie à domicile. Signe que la cicatrice de l'hécatombe dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) est encore visible, des investissements dans les CHSLD de 3 milliards de dollars ont été annoncés. Bonne nouvelle, non? Or, les mesures pour contrer la précarité financière qui s'accentue avec l'âge ne sont pas au rendez-vous...

Demandez aux aînés ce qui leur fait peur et ils vont répondront : "me retrouver en CHSLD". Tous souhaitent demeurer à la maison. Un endroit qui leur est familier, réconfortant, connu, mais qui doit aussi être sécuritaire. Sauf que la sécurité, ce n'est pas donné. L'âge avançant, l'autonomie et les capacités régressent. Comment rester à la maison si les dépenses d'entretien de logement, de soins de santé personnalisés et de médication ne font qu'augmenter? Le fardeau financier accru par l'âge pour ces "vieux" qui habitent leur maison a une incidence directe sur la qualité de vie et, conséquemment, sur la fin de vie, car c'est bien connu : pauvreté et santé ne vont pas de pair.