Au deuxième jour du procès d'Éric Salvail mardi, l'avocat de la défense Michel Massicotte a soulevé des contradictions dans le témoignage de la présumée victime Donald Duguay. Celui-ci a remis en question la compétence de la procureure de la couronne et dénoncé la lenteur du processus judiciaire.

Par Étienne Robidoux

Tout au long de son interrogatoire, le témoin a gardé le regard fixe devant lui, évitant de regarder l'avocat Michel Massicotte qui défend l'ex-animateur et producteur Éric Salvail, qui est accusé d'agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement.

Celui-ci l'a longuement interrogé sur les moindres détails du harcèlement et de l'agression dont il aurait été victime.

" Me Amélie Rivard [la procureure de la couronne] n'a pas procédé de manière diligente et assez rapide [dans mon dossier] ", a lancé M. Duguay lors du contre-interrogatoire.

Le plaignant de 47 ans avait manifesté son impatience vis-à-vis des procédures judiciaires dans des courriels adressés à Me Rivard et à d'autres employés du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à la fin de l'année 2018. Il les avait alors menacés de " lâcher la meute de journalistes dans le dossier, qu'il y ait des conséquences ou non ", et ce dans l'espoir de voir les procédures accélérer.

Lors de son enquête préliminaire, M. Duguay avait songé à engager un avocat, car il doutait de la compétence de Me Richard qu'il a qualifiée de procureure " des ligues mineures ". Celle-ci cumule une quinzaine d'années dans le domaine de la justice appliquée aux agressions sexuelles, a fait valoir Me Massicotte.

" Vous manifestez votre impatience et votre égoïsme ! Est-ce cela que vous manifestez ?", a lancé Me Massicotte. " Je ne vois pas en quoi ", a répondu M. Duguay

" Je crois que nous sommes tous égaux devant la justice, mais certains le sont plus que d'autres ", a exprimé M. Duguay.

Imprécision du témoignage initial

Me Massicotte a fait reconnaître à M. Duguay des contradictions et des omissions entre ses déclarations écrites ou vidéo aux policiers en octobre 2017 et de son témoignage entendu hier.

Les contradictions concernent des détails de l'agression, dont la disposition de la salle de bain de Radio-Canada, lors d'une fête costumée, où il aurait subi une agression sexuelle sans pénétration de la part d'Éric Salvail en octobre 1993.

M. Duguay attribue à son choc post-traumatique ses trous de mémoire.

" N'est-il pas exact de dire qu'à travers tout ça, ce que vous cherchiez et ce que vous cherchez toujours, c'est de l'attention ?, a questionné Me Massicotte. Et que pour obtenir cette attention, vous êtes prêt à mentir ? "

"Si j'avais besoin d'attention, je serais resté sur la place publique après ma sortie ", a rétorqué M. Duguay.

Peur des représailles

" J'ai eu peur de le knocker et que ça se retourne contre moi ", aurait pensé M. Duguay pendant l'agression. " Lui aurait eu une preuve contre moi, mais moi, je n'aurais eu aucune preuve ", a-t-il précisé.

Selon l'avocat de M. Salvail, la présumée victime aurait pu se défendre en donnant un coup de genou dans les parties génitales de son agresseur ou un coup de poing au plexus, ce qui n'aurait pas laissé de trace.

Alors qu'Éric Salvail lui aurait tenu les deux mains dans les airs et tenté de lui détacher la ceinture, M. Duguay aurait tenté de se défendre en lui donnant un coup de genou au niveau des parties génitales. " Mais mon costume était tellement serré que je n'ai pas réussi ", a-t-il ajouté, précisant qu'il portait un pantalon moulant disco.

Lors de l'incident, qui aurait duré 4 à 5 minutes, l'animateur aurait descendu son pantalon et tenu ses parties génitales d'une main, lui bloqué du même coup le chemin. Il y aurait alors eu une bousculade entre les deux hommes.

" J'étais dans un état de dégoût profond, a-t-il indiqué d'une voix tremblante. J'essayais d'éviter un viol ".

Entre avril et novembre 1993, M. Salvail l'aurait harcelé sexuellement et attouché à au moins 20 reprises dans le cadre de son travail au service du Courrier de Radio-Canada, a raconté lundi M. Dugay.

Ce n'est qu'après la publication de la Presse en révélant que d'autres personnes avaient rapporté des actes déplacés de Salvail que M. Duguay a décidé de porter plainte.

Vêtu d'un complet bleu, l'accusé de 50 ans est demeuré visiblement calme lors de son procès, demeurant silencieux.

Le procès devrait se poursuivre jusqu'à jeudi.

Éric Salvail au Palais de justice mardi.
Éric Salvail au Palais de justice mardi. (Crédit photo : Étienne Robidoux)