La coalition de Benyamin Netanyahou aurait remporté 61 des 120 sièges de l'assemblée israélienne, leur donnant une majorité d'un seul siège et laissant planer le doute sur la stabilité du gouvernement.

Selon les sondages effectués à la sortie des urnes, le parti de Netanyahou a perdu quatre sièges comparativement aux dernières élections, diminuant leur total à 32. C'est de loin le parti avec le plus de sièges, mais ce n'est toujours pas suffisant pour lui donner une majorité. Il devra donc se trouver des alliés afin de gouverner.

L'impression chez les électeurs de droite en Israël est que Benyamin Netanyahou est la seule personne capable de diriger leur pays. Cette croyance, construite et nourrie par le premier ministre israélien lui-même, est suffisante pour le garder au pouvoir, du moins, de façon intérimaire.

" Netanyahou a construit autour de sa personne une réalité alternative dans laquelle aucun autre candidat n'est suffisamment qualifié pour diriger Israël, mais aussi pour faire face à l'élite qui cherche à prendre le contrôle ", a affirmé à L'Atelier le professeur de science politique à l'Université hébraïque de Jérusalem, Gideon Rahat, qui ajoute que " personne n'a aucune idée de ce que diront les résultats des quatrièmes élections tenues au pays en deux ans ".

Une opposition diverse

Politicien populiste, le premier ministre sortant a toujours été en mesure d'exploiter la division du vote arabe pour demeurer au pouvoir. " Cela a par contre changé en 2015 avec l'arrivée de la Liste unifiée ", a déclaré M. Rahat. Cette alliance, formée par l'unification des quatre grands partis majoritairement arabes d'Israël, est devenue assez importante pour représenter un obstacle concret à la réélection de Netanyahou.

Féministes, communistes, socialistes, nationalistes arabes, les membres de ces partis de gauche sont de toutes les couleurs et tentent constamment de convaincre les électeurs arabes prêts à soutenir Nétanyahou de revisiter leurs allégeances politiques envers le Mouvement islamique. " Les électeurs arabes du premier ministre adhèrent au mouvement islamiste modéré et lui font plus confiance qu'à ses valeurs politiques ", a raconté le professeur.

Cette élection se veut par contre plus difficile que les précédentes, puisque Netanyahou est confronté non seulement à l'opposition de la gauche, mais également à des individus de droite qui aspirent au bureau de premier ministre. Naftali Bennett lui fait face ainsi que Gideon Saar qui a lui-même occupé des postes dans le cabinet de Netanyahou, mais qui a depuis quitté le parti.

La peur comme outil politique

Il s'est construit autour de Netanyahou un culte de la personnalité qui prend préséance sur ses valeurs et idéaux politiques. " Il utilise la peur contre une partie de la population et a ensuite convaincu ces gens qu'il est le seul capable de les sauver ", explique M. Rahat.

Il poursuit en déclarant que le premier ministre a réussi à convaincre une partie de la population qu'il incarne la droite politique et qu'elle ne peut pas fonctionner sans lui. " Ces gens qui votent pour lui ne se concentrent pas sur son idéologie, parce que si c'était le cas, un autre parti serait au pouvoir et nous aurions une alliance majoritaire pendant quatre ans ", a-t-il poursuivi.

Désirer le pouvoir au détriment de la stabilité politique

" Netanyahou est la seule raison pour laquelle nous continuons d'avoir des élections ", affirme Gideon Rahat qui croit qu'il plante ses griffes dans le pouvoir et refuse de lâcher prise, même si cela veut dire "élection après élection" et l'installation d'un cercle vicieux sans fin en vue. Déjà, avec l'espoir d'une alliance majoritaire qui s'estompe, apparaissent des murmures sur la probabilité d'une autre élection plus tard dans l'année.

Selon M. Rahat, le premier ministre tient tant à rester au pouvoir malgré les dommages évidents que son acharnement cause à la démocratie israélienne puisque cela lui permet de s'acheter du temps pour combattre plus facilement les accusations de corruption portées contre lui. Cet instinct de préservation de Netanyahou coûte à son pays son équilibre démocratique. Le professeur croit qu'une solution simple et évidente à l'instabilité politique s'offre pourtant à lui, s'il était prêt à mettre de côté ses intérêts personnels.

" Si Netanyahou, pour le bien du pays, quittait la politique, nous aurions facilement un gouvernement religieux de droite très fort et stable et la gouverne du pays serait grandement facilitée ", déclare-t-il.