Bernie Sanders s'accroche dans la course à l'investiture démocrate pour faire avancer ses idées, même si ses chances de vaincre Joe Biden sont pratiquement nulles. La COVID-19 pourrait cependant jouer les trouble-fête et donner une chance au sénateur du Vermont de l'emporter.

Joe Biden est en bonne position pour gagner les primaires du Wisconsin de mardi.

Lundi, la Cour suprême de l'État, majoritairement républicaine, a bloqué le report de sa primaire, alors que 15 États ont changé la date de leur scrutin dans les dernières semaines. Les résultats du vote seront disponibles à partir du 13 avril.

«La tenue de ces élections au milieu de la pandémie de coronavirus est dangereuse, ne tient pas compte des conseils des experts en santé publique et pourrait très bien s'avérer mortelle», a lancé Bernie Sanders sur Twitter. Son adversaire a plutôt indiqué qu'il accepterait la décision des autorités, mais a tout de même encouragé le vote à distance.

La plus haute juridiction de cet État du Midwest en a décidé ainsi parce que d'autres élections, surtout locales, avaient lieu mardi. Le tribunal considérait qu'un éventuel report du suffrage aurait nui à l'exercice du pouvoir et de la démocratie.

À Milwaukee, la capitale, seulement cinq bureaux de vote étaient ouverts. Le New York Times a rapporté des files d'attente de plusieurs pâtés de maisons devant ceux-ci. Plus de 1,2 million de bulletins de vote à distance ont été demandés, contre environ 250 000 en 2016. Plusieurs personnes affirment ne pas les avoir reçus par la poste.

Sanders au pied du mur

«Il est encore possible de remporter la nomination, mais je l'admets, mes chances sont minces», a confié Bernie Sanders à l'émission du 31 mars de Late Night with Seth Meyers.

Le site internet américain FiveThirtyEight spécialisé en journalisme de données a développé un modèle pour connaître les probabilités de victoire des deux derniers candidats en lice dans les primaires démocrates. «Selon ce modèle, Sanders a près de 0% de chances de l'emporter, contre 99% pour Biden, indique le titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand, Frédérick Gagnon. Rien n'est impossible, mais il faudrait pratiquement un miracle pour que Sanders l'emporte.»

L'ancien maire de Burlington qui fait la promotion du medicare for all, un système de santé gratuit, et du salaire minimum à 15 $ l'heure ne prévoit pas jeter l'éponge de sitôt. «Sanders reste dans la course pour s'assurer de rester visible dans l'espace public, en espérant que la plateforme du Parti démocrate sera plus à gauche que ce que propose Biden», soutient Frédérick Gagnon.

Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, tente surtout de séduire les modérés du pays, dont les électeurs républicains qui veulent renvoyer Donald Trump du Bureau ovale. Ayant connu une contre-performance au début de la saison des primaires, M. Biden a commencé à remonter la pente à partir des primaires de la Caroline du Sud. Il a officiellement pris les devants au Super mardi (Super Tuesday), la plus grosse soirée pour le nombre de délégués de la course, et n'a plus jamais regardé derrière.

Joe Biden cumule déjà 1217 délégués, soit environ 300 d'avance sur son adversaire progressiste, et il en faut un total de 1991 afin d'affronter Donald Trump à la présidentielle prévue pour le mois de novembre.

La partie pourrait continuer...

Habituellement, le Parti démocrate organise sa Convention nationale pour nommer le candidat présidentiel en juillet. En raison de la COVID-19, la Convention nationale, cette année à Milwaukee, a été reportée au mois d'août.

«Je n'ai jamais vu une saison des primaires aussi surprenante que celle-ci [...] Nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises», estime Frédérick Gagnon.

Les deux rivaux sont septuagénaires, soit dans la tranche d'âge la plus à risque d'avoir des complications liées au coronavirus.

«Si Biden est atteint de la COVID-19 au cours des prochaines semaines et que son état de santé se détériore — on voit ce que ça donne dans le cas de Boris Johnson en ce moment en Grande-Bretagne —, Sanders pourrait être tenté de dire qu'il devrait être le candidat choisi, parce qu'il est deuxième dans la course», avance le politologue.

L'homme de 78 ans a invité ses électeurs à ne pas se déplacer dans les bureaux de vote mardi.
L'homme de 78 ans a invité ses électeurs à ne pas se déplacer dans les bureaux de vote mardi. (Crédit photo : Gage Skidmore)