Peu de temps après avoir intégré le marché du travail, certains préposés aux bénéficiaires veulent déjà s'en aller : ils sont déçus de constater que les promesses faites par le gouvernement n'ont pas été tenues.

«Ce qui est triste, c'est qu'on est nombreux à avoir trouvé notre vocation, à faire ce travail avec cœur. Mais on ne peut pas se faire traiter comme ça, c'est une question de principe», un préposé qui souhaite garder l'anonymat par peur de représailles.

Quelques semaines après être arrivés dans le réseau de la santé, certains des nouveaux préposés aux bénéficiaires ont déjà quitté leur nouveau métier, et beaucoup souhaitent les imiter. Les syndicats s'inquiètent que d'autres quittent également le réseau d'ici un an. En effet, les diplômés doivent rembourser les 9200 $ qui leur sont offerts lorsqu'ils quittent le domaine de la santé avant d'avoir travaillé en CHSLD pendant un an.

«Notre plus grande inquiétude, c'est dans un an. La grande majorité des gens vont rester [un an] compte tenu des conditions dans lesquelles ils ont été embauchés. Mais quand leur année va être terminée, ces gens-là risquent de partir si on n'améliore pas rapidement leurs conditions dans lesquelles ils font leur travail.», confie Karine Cabana, négociatrice pour le Syndicat canadien de la fonction publique. C'est ce que confirme l'un des diplômés, souhaitant garder son anonymat par peur de représailles, qui pense quitter son emploi dès la fin de son contrat d'un an : «on ne peut pas se faire traiter comme ça, c'est une question de principe».

C'est à la suite des «fausses promesses» du gouvernement que la désillusion et l'insatisfaction commencent. À cela s'ajoute le manque d'encadrement, le sentiment d'impuissance, mais aussi l'intimidation.

Les récriminations commencent avec le salaire : le premier ministre François Legault avait promis un taux horaire de 26 $, et un salaire annuel de 49 000 $. Pourtant, le taux de base des nouveaux préposés s'élève à 20,55 $. C'est en ajoutant «le montant forfaitaire en CHSLD», le «montant forfaitaire pour une prestation de travail à temps complet en CHSL» et les «montants forfaitaires temps complets après 4 semaines» qui font monter le salaire à 26,67 $. Mais ces derniers ne sont ajoutés que si l'employé a respecté toutes les conditions, et à la dernière paie de chaque mois.

L'ambiance de travail est également une des plaintes des nouveaux diplômés. Certains ne se sentent pas bien accueillis, pour d'autres, c'est de l'intimidation : «Les annonces gouvernementales ont fait en sorte qu'il y a des tensions entre les anciens et les nouveaux. Il y a des anciens qui pensent encore que les nouveaux gagnent plus et il y a des nouveaux qui sont bien contents de penser qu'ils gagnent davantage que les autres», explique Hubert Forcier, de la CSN.

C'est dans un contexte où la deuxième vague de la Covid-19 se fait de plus en plus menaçante que les travailleurs du monde de la santé démissionnent, dénonçant des «conditions de travail difficiles».

Encadré :

Qu'est-ce qu'un préposé aux bénéficiaires ?

Le préposé aux bénéficiaires aide les patients au lever, au moment des repas et au coucher. Il les aide à se laver, à se vêtir ou à se dévêtir et il a la charge de la literie. Il veille à donner aux bénéficiaires les soins appropriés et à respecter leur intégrité et leur dignité, afin de contribuer à leur bien-être. Il assure une présence auprès d'eux et leur offre une assistance physique en vue de contribuer à leur rétablissement ou de les aider à maintenir leur état de santé. Il fait partie de l'équipe du personnel infirmier et aide les infirmières auxiliaires. Il communique à l'équipe soignante des informations relatives à l'état de santé et au comportement du patient.

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