À la clinique Fémina de Montréal, la pandémie n’a pas réduit l’accès à l’avortement. Les femmes qui y vont doivent toutefois traverser l’opération seules, la présence d’un proche étant interdite pour protéger le personnel d’une contamination à la  COVID-19.

« En temps normal, les femmes doivent être accompagnées [à la clinique] », lance d’emblée Jacqueline Côté, l’infirmière en chef de la clinique médicale située au centre-ville de la métropole. Si l’accompagnateur ne peut pas être présent pendant l’avortement, il peut leur tenir compagnie dans la salle de repos après l’intervention. «Là, il n’y a personne dans la salle d’attente, ça fait un peu bizarre.»

À cause de la crise sanitaire, la clinique Fémina a dû cesser toutes ses autres activités médicales afin de diminuer les risques de contagion au nouveau coronavirus. Mais l’offre pour les services d’avortement reste la même, confirme Mme Côté.

« On n’offre plus d’examens gynécologiques ni de poses de stérilets. On ne se concentre que sur le service d’avortements », explique Mme Côté.

La clinique doit-elle composer avec des patientes qui annulent leurs rendez-vous en apprenant qu’elles ne pourront être accompagnées ? Jacqueline Côté assure que non. Bien que le fait d’interrompre sa grossesse seule puisse être anxiogène, « le véritable stress serait de ne pas avoir d’avortement parce que le service est supprimé. Ce serait un plus grand stress [que de devoir se faire avorter seule] ».

Malgré ces restrictions, « les patientes sont très soulagées et elles se conforment aux nouvelles consignes sans problème ».

La clinique a également mis en place plusieurs mesures afin de protéger son personnel. Outre l’accompagnement d’un proche désormais interdit, les patientes subissent un contrôle de leur température à leur arrivée. On leur demande également de se désinfecter les mains. En outre, tous les membres du personnel portent des masques et nettoient les surfaces régulièrement.

Cela dit, il est difficile de respecter les mesures de distanciation de deux mètres entre individus, concède Jacqueline Côté. « C’est très difficile puisqu’on offre des services d’avortements, on est très proches des femmes. Ça fait bizarre que tout le personnel doive être ganté et masqué, mais c’est ce qu’on doit faire afin de pouvoir offrir ce service le plus longtemps possible », dit-elle.

En mars dernier, Le Journal de Québec rapportait une baisse du nombre d’avortements effectués au Québec depuis plus de 15 ans. Alors que la province recensait en 2003 près de 27 000 interruptions volontaires de grossesse, il y en a eu 21 203 en 2017, selon la Régie de l’assurance maladie du Québec. Cette baisse de 21 % serait attribuable à un meilleur accès aux moyens de contraception, selon des experts interrogés.