Plusieurs équipes de soccer européennes boycotteront pendant quatre jours les réseaux sociaux pour dénoncer les messages racistes qu'encaissent certains de leurs joueurs. Un coup d'éclat qui témoigne d'une tendance lourde dans le monde du sport, où condamner ce genre de comportements plutôt que de rester muet s'impose de plus en plus comme la norme, selon un expert.

Dès le 30 avril et jusqu'au 3 mai prochain, la Première ligue anglaise, la deuxième division et la Super Ligue féminine se couperont de Facebook, de Twitter et d'Instagram. "Le boycottage montre que le soccer britannique peut s'unir pour montrer que les compagnies des réseaux sociaux doivent en faire plus pour éradiquer la haine sur leurs plateformes", ont-ils fait valoir dans un communiqué.

Ces formations avaient d'abord fait parvenir une lettre à Mark Zuckerberg, le patron de Facebook et d'Instagram, et à Jack Dorsay, qui est à la tête de Twitter. Dans leur missive, ils pressaient les dirigeants de prendre des mesures concrètes pour lutter contre les messages haineux et racistes se trouvant sur les réseaux sociaux à l'encontre de certains de leurs joueurs racisés. Or, la lettre n'a pas eu les effets escomptés, ce qui a poussé les organisations de soccer britannique à passer à l'action.

Changement de mentalité

Cette initiative a rapidement été appuyée par Hoffenheim, une équipe de la Ligue de soccer allemande qui, elle aussi, fermera l'ensemble de ses comptes Twitter, Facebook et Instagram le temps d'une fin de semaine.

Pour le journaliste sportif spécialisé en soccer allemand et africain Mathieu Lemée, un changement de paradigme s'opère présentement au sein de ces organisations sportives, qui craignaient jusqu'à tout récemment de perdre l'appui de partisans potentiels - et donc d'une source de revenus - si elles prenaient des positions politiques. Aujourd'hui, ce n'est plus nécessairement le cas, dit-il.

Il faut dire que ce boycottage n'est pas le premier geste du genre fait par une équipe sportive contre le racisme. M. Lemée rappelle que les joueurs de la ligue américaine de basketball (NBA) ont forcé le report des parties de séries éliminatoires à la suite du décès de George Floyd, cet homme afro-américain mort asphyxié sous le genou d'un policier à Minneapolis.

En 2016, la National Football League (NFL) avait été vertement critiquée pour l'affaire Colin Kaepernick. Ce joueur ayant posé un genou à terre pendant l'hymne américain en soutien au mouvement Black Lives Matter n'a jamais jamais retrouvé d'équipe après l'expiration de son contrat l'année suivante.

Selon Mathieu Lemée, les organisations sportives du Québec ne sont pas confrontées au même flot de messages haineux contre des joueurs racisés qu'aux États-Unis ou en Europe. "Il est important, par contre, de rester vigilant, il faut travailler en amont pour s'assurer que de telles situations ne se produisent pas ici", précise le journaliste sportif.

Pourtant, Thierry Henry, l'ancien entraîneur-chef du CF Montréal, a publiquement dénoncé à son tout, le 26 mars dernier, des commentaires haineux et racistes auxquels il a été confronté lors de sa présence à Montréal. Par la suite, il avait décidé de se retirer des réseaux sociaux pour protester contre l'inaction des compagnies comme Twitter et Facebook.

Manifestement, il resterait du chemin à faire au Québec.