« Les paysages tendent à devenir morcelés là où les humains s'installent « - Michel Leboeuf

Des tronçons de terres boisées appelés " corridors de connectivité ", qui permettent aux espèces animales de circuler entre les différents secteurs de conservation de la faune et la flore, pourraient voir le jour dès cet été dans Lanaudière et ainsi venir en aide à la biodiversité de la région, a annoncé mardi Michel Leboeuf, le directeur général la Fiducie de conservation des écosystèmes de Lanaudière.

Michel Leboeuf, qui est aussi biologiste, ne cache pas sa fierté devant le " success story " des récentes avancées dans la protection de la faune de la fiducie qu'il dirige.

" On est toujours en attente de subventions pour ce projet, mais il est fort probable que nous soyons capables de commencer les travaux dès ce printemps. Ce serait notre premier succès avec la connectivité ", s'est réjoui l'ancien rédacteur en chef de la revue Nature sauvage devant plusieurs organismes communautaires et citoyens réunis virtuellement pour l'annonce.

L'équipe d'experts qui collaborent au sein de la fiducie a établi huit " noyaux de conservation ", des secteurs où la faune et la flore sont relativement intactes, pour sauvegarder les habitats d'animaux sauvages dans les municipalités régionales de comté (MRC) de Montcalm, de L'Assomption, de Joliette, des Moulins et D'Autray.

Grâce à des images satellites, ces " corridors de connectivité " ont été ciblés pour restaurer les zones qui permettent des connexions entre les " noyaux de conservation ". Ces travaux ont nécessité la collaboration de plusieurs experts, tels que des biologistes et des ingénieurs forestiers.

Contrer le morcellement du territoire

" Les paysages tendent à devenir morcelés là où les humains s'installent ", déplore Michel Leboeuf. Lorsque trop grande, cette fragmentation des habitats peut avoir de graves conséquences sur la biodiversité.

" On parle d'un seuil critique de 30% de maintien d'habitats naturels dans un territoire pour que la biodiversité soit capable d'être maintenue également ", explique l'expert. Pour contrer ce phénomène, des zones de conservation peuvent être connectées entre elles et ainsi assurer la diversité écologique.

Les secteurs visés par les travaux de la fiducie sont cruciaux pour la migration de la faune de la région. " De leur alignement du sud-ouest vers le nord-est, ces endroits sont stratégiquement très importants pour réussir à faire passer les espèces du nord au sud et vice-versa lors du changement des saisons ", précise Michel Leboeuf.

Une fiducie à la rescousse de l'environnement

Par définition, une fiducie est le transfert de biens d'un patrimoine à un autre et que le fiduciaire s'engage à détenir et administrer.

Avec la mise en place de la Fiducie de conservation des écosystèmes de Lanaudière, les initiateurs du projet voulaient s'assurer que les terres visées par le programme de conservation " ne partent pas en fumée " et qu'une continuité s'installe dans la conservation des milieux naturels.

" Ça ne se fait pas nécessairement par des dons de terre. On peut établir des ententes de conservation avec certains propriétaires. Les gens restent propriétaires de leur terrain, mais certains usages sont interdits pour garder l'intégrité écologique du milieu ", explique Michel Leboeuf.

De plus en plus " mainstream "

Pour le directeur de la planification et de la gestion du territoire de la MRC de Joliette, Michel Laquerre, ce type d'initiative est en voie de devenir " mainstream ". " On est rendu à un point où l'environnement nous fait réfléchir sur nos écosystèmes et nous demande de nous surpasser ", soutient-il.

" Afin de protéger [la biodiversité], on a besoin de terrains. Le développement urbain fait qu'il est très difficile d'avoir des municipalités et des promoteurs volontaires ", enchaîne M. Laquerre.

Cette diminution de la biodiversité causée par l'étalement urbain, Yolande Desmarais la ressent de près. " Il y a quinze ans, quand j'ai fait construire ma maison, il y avait des renards et des chevreuils qui passaient dans le coin ", se rappelle la septuagénaire qui réside à Saint-Charles-Borromée, tout près de Joliette. Maintenant, elle se désole de ne plus voir passer de tels animaux.

" Les chevreuils évitent de plus en plus nos secteurs ", croit Mme Desmarais. Malgré ce triste constat, Michel Leboeuf reste positif devant la situation. " Quand on communique avec les gens, il y a beaucoup plus d'ouverture et de positif qu'avant. [...] On sent qu'on a cheminé comme société sur les questions d'environnement ", conclut l'expert.