Avec la popularité des cartes de Noël pour contrer l'isolement chez les personnes âgées, des enseignantes ont joint l'utile à l'agréable en demandant à leurs élèves d'en confectionner.

"Mes élèves savaient que [leurs lettres] allaient peut-être ensoleiller la journée d'une personne" - Michèle Abu-Isa

Sylvie Chevrier, infirmière podologique en résidences, a publié un appel à tous sur sa page Facebook, encourageant ceux qui le peuvent à écrire une carte de souhaits à un ou plusieurs des résidents du Château Symmes. En entendant parler de sa demande, Marie-Claude Morin, enseignante en 4e année à l'école Saint-François-d'Assise, s'est donné comme défi de réunir 460 lettres, qui seront distribuées aux aînés des Terrasses Versailles. Pour atteindre son objectif, elle a mobilisé des gens de son quartier pour participer à la création des cartes.

Élargir le projet

Julie Côté, enseignante en première année dans une école du Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, a pour sa part un lien particulier avec le projet. Voyant le moral de sa mère dépérir au cours des six derniers mois qu'elle a passés dans sa résidence sans voir sa famille, Madame Julie, comme l'appellent ses élèves, a pensé que des lettres d'élèves pourraient "rendre Noël un petit peu plus agréable pour ces personnes-là". Devant l'engouement de ses collègues envers l'idée, elle a décidé d'élargir son projet. "Beaucoup d'infirmières ou de préposées que je connaissais depuis des années ont quitté le navire à bout de souffle et d'épuisement, ou elles ont pris un poste de gestion ailleurs parce qu'elles n'étaient plus capables d'être sur le plancher", note-t-elle. Elle fera alors faire alors des lettres à l'attention du personnel de la résidence pour souligner leur ténacité face aux difficultés supplémentaires qu'apporte la COVID-19.

Source d'apprentissages

C'est plus du tiers de l'école où travaille Madame Julie qui a participé à la création de lettres. Sa collègue en première année Michèle Abu-Isa a été emballée par l'initiative et y voyait beaucoup de potentiel en ce qui a trait aux enseignements et aux valeurs qu'elle transmet à ses élèves. Elle pense aux notions d'écriture, de grammaire, d'art plastique et d'éthique qui sont transmises aux enfants. Conscients de l'impact de leur travail, ils portaient davantage attention au résultat. "Mes élèves étaient contents parce qu'ils avaient un destinataire. Ils savaient que ça allait être lu par quelqu'un et que ça allait peut-être ensoleiller la journée d'une personne. Ça les a vraiment motivés [...] ils étaient [très concentrés] sur le projet", raconte l'enseignante appelée "Madame Michèle".

La conception des cartes varie de classe en classe. Madame Julie a proposé deux types de sapin : un plus simple et un plus complexe. Elle a remarqué que, depuis le confinement, plusieurs élèves n'ont pas eu l'occasion de développer pleinement leur motricité fine. Cette compétence, qui inclut entre autres l'écriture et le découpage, est normalement pratiquée en maternelle à compter du mois de mars.

Les enseignantes tiennent des discussions avec leurs élèves autour de ces réalités. "Les enfants de cet âge-là adorent faire des causeries [qui ouvrent] la porte à différents sujets", explique Madame Michèle. La compassion, l'entraide et le partage émergent des réflexions.

Pallier la solitude

Ces cartes font sourire en ce moment de l'année qui est d'ordinaire très festif, au vu des activités proposées par les bénévoles qui élèvent l'ambiance. L'infirmière Mme Chevrier a été surprise de la portée de son message : "Ça démontre la solidarité des gens qui n'ont pas de parents en foyer, mais qui veulent aider. »

L'ampleur et l'importance de cet élan de solidarité, qui n'est pas unique à cette année, se font ressentir davantage en raison de la pandémie. "Je trouve ça triste qu'on ait eu besoin de cette pandémie-là pour réaliser qu'on avait besoin de s'occuper de nos personnes âgées", confie Julie Côté.