Le mardi 3 novembre a eu lieu la table ronde ronde virtuelle Science et innovation en situation d'urgence sanitaire : les leçons de la COVID-19 qui a réuni des experts en la matière tels que la Conseillère scientifique en chef du Canada Mona Nemer et le Scientifique en Chef du Québec Rémi Quirion. Selon ces experts, c'est la mobilisation générale, autant du côté privé qu'à l'international, qui a permis au monde de bien gérer cette pandémie qui n'a pas dit son dernier mot.

C'est entouré virtuellement de l'infectiologue et spécialiste des maladies infectieuses de Lyon Florence Ader, de la Conseillère scientifique en chef du Canada Mona Nemer, du Directeur général adjoint de la fondation Mérieux Marc Bonneville et du chercheur en génétique de McGill Vincent Mooser que Rémi Quirion et la Directrice générale du Centre Jacques Cartier Nathalie Hamel ont ouvert la discussion quant aux acquis scientifiques dus à la COVID-19. Cette table ronde était organisée par les Entretiens Jacques Cartier, des rencontres et discussions entre scientifiques, gouvernements et hommes d'affaires québécois et français qui se tiennent annuellement depuis 1987.

Expériences mises en commun

Cette rencontre s'est ouverte par un tour de table permettant à chacun des participants de parler de leur expérience. Dr Florence Ader a annoncé d'entrée de jeu qu'il est impossible de se préparer à ce genre de pandémie en pratique. Une telle pandémie vient avec des défis, comme développer des connaissances sur une nouvelle maladie, organiser les centres de soins de manière à soigner cette nouvelle maladie sans discriminer les autres et agir de manière à ce que les médecins ne s'infectent pas.

Or, du positif en est sorti : « C'est la première fois, je pense, qu'on est en capacité de dire qu'on a réussi à développer sur l'ensemble de la géographie mondiale de la recherche en temps réel », explique la docteure. La Conseillère scientifique en chef du Canada a, quant à elle, souligné le côté inusité de l'influence directe des scientifiques sur les politiques gouvernementales ainsi que la mobilisation du secteur privé qui a fourni du matériel de protection personnel et qui a aidé dans le cadre du dépistage. Selon elle, ce qui transcende cette crise est le « partage d'informations » et « l'entraide à l'international. » Cette mobilisation sans précédent des scientifiques a permis une meilleure compréhension du coronavirus.

« La COVID nous a montré que ce qui est impossible est possible. » - Vincent Mooser  « Je me suis bien prémunie de trop discuter avec les journalistes, car je sentais bien que j'étais sur un terrain où je n'étais pas en confiance et que toutes paroles pouvaient être récupérées à mauvais escient [...] dans un état d'esprit qui alimente la polémique des complotistes. » - Florence Ader

Leçons apprises par cette pandémie

On peut s'attendre à un « changement sociétal, selon la Dr Ader, parce que les gens prennent conscience que la nature est bien présente et plus forte que nous. » Le fait que tout se soit transposé au numérique avec la crise a permis une communication plus aisée dans plusieurs domaines, dont la médecine de terrain selon la docteure.

Selon Marc Bonneville, le coronavirus a démontré l'importance de la recherche et des innovations dans les maladies infectieuses « assez délaissées au profit de ce qu'on appelle les maladies non transmissives. » Toujours selon l'expert français, il faut « savoir rester humble, savoir reconnaître qu'on ne sait pas tout, éviter de susciter des espoirs qui sont rapidement déçus et éviter le simplisme sous prétexte de prôner la simplification. [...] [Il faut] éduquer le public et les médias sur l'épistémologie et le fonctionnement de la science et les chercheurs sur les règles déontologiques de communication. »

Le rôle des médias

Vincent Mooser soulève la menace de « sacrifier la qualité à la quantité [à cause de la] pression de la part des médias et des journaux scientifiques à publier. » Selon lui, « jamais la science n'a été aussi cruciale à communiquer correctement pour éviter les complotistes. »

La docteure Florence Ader a avoué avoir été « très sollicitée par les médias. » Ces derniers souhaitaient qu'elle « lance et réponde à des polémiques, [...] et qu'elle parle dans un format court. » Or, « on ne peut expliquer des concepts compliqués en trente secondes » a déploré la docteure.

Selon Marc Bonneville, il faut travailler sur « de nouvelles voies de communication qui permettent de faire comprendre au public que la science n'est pas quelque chose de dogmatique, ce n'est pas une vérité absolue, mais une discipline qui est sans cesse en évolution et qu'il ne faut pas trop lui en demander dans ce contexte. »

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