Au lendemain de la Journée internationale des droits des femmes, les trois partis d'opposition ont pris la parole pour dénoncer un plan de relance féministe qui ne s'attaque pas véritablement au problème.

" Le gouvernement de la CAQ a présenté un plan approximatif, sans objectifs précis et sans mordant pour aider les femmes durement affectées par la pandémie ", a affirmé Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec, lors de la séance de l'Assemblée nationale, mardi.

En 2020, au Québec, 120 200 femmes ont perdu leur emploi, contre 55 100 hommes, selon les statistiques du Conseil du statut de la Femme. " Non seulement elles ont davantage perdu leur emploi, mais elles sont également moins nombreuses que les hommes à n'avoir pu le récupérer ", fait valoir Karine Drolet, co-porte-parole du Collectif 8 mars, qui réunit plusieurs organisations syndicales et féministes travaillant ensemble pour souligner la Journée internationale des droits des femmes.

Si le document déposé par la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, révèle bel et bien que les femmes ont été plus pénalisées que les hommes depuis le début de la pandémie, on lui reproche de ne pas prendre des mesures à la hauteur du problème actuel.

La ministre propose d'injecter 23,1 millions de dollars issus de divers programmes existants en vue de soutenir financièrement les femmes qui ont vu leur vie chamboulée de façon disproportionnée depuis le début de la crise sanitaire. Ce plan n'indique toutefois pas comment seront réparties les sommes.

" Ils sont en train de préparer un plan de relance qui va se chiffrer vraisemblablement en milliards. Et là, hier (lundi), ils nous ont annoncé mettre 23 millions $ sur la table pour les femmes. [Ce sont] des grenailles, ce n'est rien. Ce n'est rien par rapport à l'ampleur des besoins des femmes ", s'est exclamée Christine Labrie, porte-parole de Québec solidaire en matière de condition féminine.

" Colmater les brèches "

" C'est un outil qui va nous aider à colmater les brèches ", a expliqué la ministre Charest lors de son annonce lundi. Selon le premier ministre François Legault, jamais les gouvernements libéraux et péquistes n'en ont fait autant en matière de condition féminine.

C'est pourtant loin d'être suffisant, selon la députée Méganne Perry Mélançon, porte-parole du Parti québécois en matière de condition féminine. " Annuellement, la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes [nécessite] 30 millions $. Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale [nécessite] 38 M$. On parle d'un minimum de 70 M$ dans le prochain budget uniquement pour consolider les services existants ", illustre-t-elle, réitérant qu'il est impossible que les 23,1 millions de dollars proposés soient suffisants.

Un pas dans la bonne direction

Alors que le plan de relance féministe est jugé incomplet par l'ensemble des partis d'opposition, son annonce était malgré tout très attendue par les différents organismes féministes de la province. " On ne peut que s'en réjouir. […] Ça fait plusieurs mois qu'on demande ce plan-là ", rappelle la co-porte-parole du Collectif 8 mars, Karine Drolet.

Une semaine plus tôt, le Collectif rencontrait la ministre Charest. Armées d'un rapport de 25 pages, les porte-paroles ont présenté les enjeux exacerbés par la crise. Or, Mme Drolet indique ne pas avoir ressenti un soutien sincère de la part de la ministre.

" On aurait beau mettre la plus grande féministe du Québec au poste de ministre de la Condition féminine, si on n'a pas un gouvernement qui se soucie d'atteindre l'équité entre les hommes et les femmes, cette personne-là n'y arrivera pas toute seule ", croit la porte-parole de Québec solidaire, Christine Labrie.