La jeune femme est devant moi, dans un bureau. J'essaie de la calmer, mais son ton monte. Avant que je ne puisse intervenir, elle prend une paire de ciseaux et me menace, tout en s'interposant entre la porte de sortie et moi.

Je vais toujours me souvenir de cette mise en situation, dans mon cours de gestion de crise, pendant mes études en travail social. Les techniques enseignées sont restées avec moi depuis: j'avais appris ma leçon.

Journalistes en crise

En tant que journalistes, nous sommes appelés à aller sur le terrain, peu importe les situations. Désastres naturels, manifestations, conflits, incendies, personnes endeuillées, maladies, voire guerres: nous nous devons d'être là où les choses se passent. Pourtant, sommes nous vraiment outillés pour le faire?

La pandémie a accru les risques du métier partout dans le monde. En Europe, les agressions et interpellations abusives contre les professionnels de l'information se sont décuplées en Allemagne, en France, en Italie, en Pologne, en Grèce, en Serbie et en Bulgarie, selon les données de l'organisation Reporters sans frontières (RSF). Aux États-Unis, la dernière année du mandat de Trump s'est soldée par près de 400 agressions et 130 arrestations de journalistes, selon le US Press Freedom Tracker. Dix journalistes et collaborateurs ont déjà perdu la vie à cause de leur statut professionnel en 2021.

Si les infirmières, les travailleurs sociaux et les enseignants ont des cours de gestion de crise, pourquoi pas nous?

L'impact de la pandémie

Il est possible de se questionner: au tout début de la pandémie, le manque de formation a-t-il rendu les journalistes plus frileux à l'idée de se rendre sur le terrain ? Le "journalisme à distance" était-il vraiment la meilleure façon de faire face à une crise de cette ampleur?

L'enquête du Devoir sur les lanceurs d'alerte dans les CHSLD cette semaine met bien en lumière le manque d'accès et l'opacité du milieu de la santé au Québec. La situation est décriée partout dans le monde, y compris en Norvège, pourtant en tête de liste du classement mondial de la liberté de presse de RSF depuis cinq ans. Mais si tout avait été accessible, les journalistes auraient-ils eu la protection, la formation et les outils pour y faire face?