#JusticepourJoyce : « Venez me chercher »

La mort de Joyce Echaquan, une femme attikamek, a ébranlé le Québec et le Canada. Mme Echaquan est décédée le 28 septembre 2020 au Centre hospitalier régional de Lanaudière, après avoir publié une vidéo en direct montrant des professionnels de la santé la maltraiter et prononcer des propos racistes à son égard. Certaines choses positives sont ressorties, en dépit de ce triste événement. D’abord, la vidéo a permis de faire comprendre à la population québécoise ce qu’est le racisme systémique envers les Autochtones au Québec. Le partage de cette vidéo a encouragé des centaines de personnes à manifester dans les rues de Montréal, de Québec et de Rimouski. Une rencontre a donc eu lieu entre Constant Awashish, le grand chef du Conseil de la nation attikamek, le premier ministre François Legault ainsi que plusieurs autres membres influents des Premières Nations pour faire entendre les demandes du peuple attikamek. Toutes ces demandes sont des pistes de solutions pour atténuer les tensions entre les Autochtones et les autorités provinciales et fédérales de santé et de services sociaux. Elles sont regroupées dans un mémoire intitulé Principe de Joyce et, dans celui-ci, la population attikamek réclame, entre autres, une formation obligatoire et récurrente pour que les personnes non membres des Premières Nations aient un accès équitable et « sans aucune discrimination » aux services sociaux et de santé du Québec. La plateforme TikTok a éegalement été une source de diffusion majeure pour la cause autochtone. De nombreux utilisateurs s’en sont servi pour éduquer la population sur les différentes cultures autochtones.


De nombreuses femmes ont osé se mettre à nu pour raconter leur histoire. Manon Touffet, L’Atelier.

#MeToo : « Je te crois »

Né aux États-Unis en 2017, le mouvement #MeToo dénonce les violences sexuelles faites aux femmes. Il s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux, et c’est de là qu’a vu le jour le mot-clic « #MeToo ». Plus précisément, c’est l’actrice américaine Alyssa Milano qui, en répondant à un message sur Twitter, lance cette campagne et écrit : « If you’ve been sexually harassed or assaulted write ‘me too’ as a reply to this tweet (Si vous avez été harcelée ou agressée sexuellement, écrivez “me too” en réponse à ce tweet) ». Mais MeToo ne représente pas seulement un problème sociétal majeur : en prenant de l’ampleur en 2020, lors de la vague de dénonciations sur Instagram, le mouvement a donné la parole aux victimes et a profondément changé notre définition du terme « agression sexuelle ». Au printemps 2020, au Québec, de nombreuses célébrités ont été dénoncées, comme Maripier Morin ou encore Julien Lacroix. Ayant reçu une accusation privée, Alex Nevsky s’est dénoncé publiquement. Des femmes ont raconté des histoires allant du harcèlement verbal au viol, en passant par des abus et inconduites à caractère sexuel. Il est possible que l’anonymat que peuvent proposer les réseaux sociaux ait donné le courage aux victimes de dénoncer leur(s) agresseur(s) et de raconter leur(s) histoire(s). Il est toutefois évident que ce mouvement a créé une solidarité féminine incontestable, et a permis à ces femmes de s’exprimer librement, ce qui n’est pas toujours le cas devant des policiers, par exemple. Les réseaux sociaux sont devenus, le temps d’une publication, l’intimité de toute femme désireuse de partager son histoire, et de la rendre publique.


Pour respecter les règles sanitaires, de nombreuses familles ont été séparées. Manon Touffet, L’Atelier.

#StayHome : « Ma grand-mère est à risque »

Afin d’endiguer la pandémie de la COVID-19, le monde entier a été confiné. Cet événement a donné lieu à une manifestation silencieuse. Des millions de gens ont montré leur soutien à la cause en respectant les règles sanitaires, et le #StayHome a vite été repris sur les réseaux sociaux.

La population d’Internet a alors assisté, une nouvelle fois, à l’aspect positif des plateformes : on sait tous que les publications influencent, à différents niveaux, les utilisateurs qui s’identifient à des groupes ou comptes et, ainsi, un filtre StayHome a même été créé. D’autres élans de soutien ont vu le jour, par exemple sur Zoom, où les élèves d’une classe, las de toutes les blagues que les cours par caméras interposées ont engendrées, ont décidé de montrer leur soutien à leur professeur en montrant des affiches avec des messages d’affection. Au Canada, et comme dans d’autres pays du monde, des milliers de personnes se sont mises à leur fenêtre chaque soir pour chanter, applaudir, ou seulement être là, afin d’encourager et de remercier le corps médical.

Tous les moyens sont bons pour contourner l’ennui et le poids du confinement qui pèse sur tous depuis mars 2020. Les motivations de chacun étaient multiples : soutenir le personnel hospitalier, jouer son rôle de citoyen, protéger ses proches et avoir bonne conscience. Pour autant, le résultat est le même, et une nouvelle vague de cohésion a envahi les réseaux sociaux de vidéos touchantes et positives.


Le mouvement Black Lives Matter a permis de relancer le débat sur le racisme. Manon Touffet, L’Atelier.

Blacklivesmatter : « Je ne peux pas respirer »

Le mouvement Black Lives Matter existe depuis 2013 aux États-Unis dans le but de militer contre le racisme systémique envers les Noirs. La mort de George Floyd le 25 mai 2020, causée par un policier agenouillé sur son cou, est l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Son décès a été filmé et, sur l’enregistrement, on peut l’entendre dire « I can’t breathe (Je ne peux pas respirer) ». Cet événement a engendré de nombreuses manifestations et émeutes à Minneapolis, la ville où George Floyd habitait. Cependant, plusieurs attroupements se sont déroulés dans le calme et de façon pacifique partout dans le monde, dont quelques villes au Canada. De plus, lors des manifestations, de nombreux policiers se sont mis à genoux dans le but de montrer leur soutien au mouvement antiraciste. Le mouvement a aussi permis de reconsidérer des œuvres, que ce soit pour leur nom ou pour les valeurs qu’elles prônent. Le livre d’Agatha Christie Dix Petits Nègres a, en ce sens, changé de nom pour Ils étaient dix afin « de ne plus utiliser les termes qui risquent de blesser », a expliqué l’arrière-petit-fils de la romancière. La statue de John A. Macdonald a été déboulonnée et décapitée puisque « le monument glorifie les génocides », comme le mentionnait une banderole suspendue sur le piédestal. Sur les réseaux sociaux, le Blacklivesmatter a permis de mieux renseigner les gens sur les injustices vécues par les Noirs. Chacun a pu partager des témoignages, des émotions et des expériences impliquant des actes racistes. De nombreux utilisateurs ont également montré leur soutien envers le mouvement en publiant un carré noir et en cessant de partager quoi que ce soit sur leur plateforme.


L’Estrie a installé des boîtes de récupération pour recycler les masques. Cheyenne Ogoyard, L’Atelier.

#ClimateChange : « Sauvons notre avenir »

Bien que la planète entière tente de se débarrasser de la COVID-19, elle en subit des conséquences désastreuses. En effet, les masques jetables, ne pouvant être utilisés que quelques heures, s’ajoutent à la pile de déchets des ménages. Ces masques finissent très souvent à la poubelle ou dans la rue. De plus, la baisse des émissions de gaz à effet de serre obtenue grâce au confinement ne sera finalement que de courte durée et l’ONU a averti que le réchauffement planétaire filait toujours vers les +3°C. En revanche, au Canada, les provinces ont mis en place des mesures dans le but de suivre le virage vert. D’abord, la Commission des parcs de Vancouver a réussi à atteindre son objectif qui étaitde planter 150 000 arbres d’ici la fin de 2020. Vancouver s’est aussi déjà fixé une nouvelle cible, soit d’augmenter la canopée afin que les arbres couvrent 30 % de la ville d’ici 2050. Au Québec, le gouvernement provincial a présenté son plan pour une économie plus verte. Il a pour objectif de voir 1,5 million de véhicules électriques sur les routes en 2030. Pour stimuler les ventes de véhicules écologiques et atteindre cette cible, il a annoncé plusieurs mesures, dont l’interdiction de la vente de véhicules neufs à essence dès 2035. La province a un avantage sur le reste du monde : l’hydroélectricité. Les véhicules électriques, au moment de leur sortie de l’usine, ne sont pas polluants puisqu’ils tirent leur énergie d’une source renouvelable. Enfin, des boîtes de récupération ont été installées en Estrie pour permettre et aux travailleurs de jeter les masques de façon plus écologique.


Analyse: Battre le pavé pour défendre une cause

Henri Lamoureux est un socio-éthicien et auteur qui suit les mouvements sociaux depuis plus de 50 ans. Selon lui, « un mouvement social résulte de la mobilisation d’un grand nombre de personnes pour contrer les effets d’une problématique éthique ayant des conséquences majeures ». Il ajoute que chaque regroupement est formé d’individus soutenant ces effets, par exemple les femmes dans le mouvement MeToo, ou ayant conscience des conséquences, comme pour l’environnement.

Pascale Dufour, professeure au Département de science politique de l’Université de Montréal, valide cette assertion. « Un mouvement social est généralement composé d’organisations formelles et de groupes informels et de personnes qui se considèrent comme étant en phase/en soutien avec le mouvement, mais sans forcément adhérer à une organisation (on parle de personnes non affiliées), qui s’expriment dans la sphère publique à propos d’un enjeu en vue d’une transformation sociale. »

Dans son essai Le citoyen responsable, M. Lamoureux affirme que l’aspect positif des mouvements peut être subjectif, donnant l’exemple de l’avortement. « Si vous croyez que la vie est l’œuvre de Dieu, vous défendrez “le droit à la vie”, que ce soit pour les interruptions de grossesse ou la mort assistée. Si vous pensez que la vie est une production humaine, vous penserez le contraire. » Selon le côté vers lequel vous penchez, votre vision des choses est différente. Le socio-éthicien explique que les mouvements sociaux jouent un rôle dans l’équilibre entre les valeurs défendues et la manière dont elles sont normalisées. Autrement dit, des mouvements comme MeToo ou Black Lives Matter ont, selon lui, bousculé « des réalités intolérables et sont des vecteurs importants de changement ». Il insiste également sur le fait que Black Lives Matter est l’expression d’un mouvement social dans un contexte historique, et non un mouvement à part entière : c’est « l’expression de la lutte générale pour l’émancipation des Afro-Américains », mettant en lumière une réalité humaine dont font partie « l’oppression, l’exploitation et l’aliénation ».

Mme Dufour donne l’exemple du « définancement »  de la police suite aux mobilisations de l’été 2020. Elle explique que ce mouvement a donné lieu à une nouvelle discussion dans l’espace public, et a amené une nouvelle façon d’en débattre. Elle ajoute que « les innovations sociales n’existent pas sans les mouvements qui les portent ».

Henri Lamoureux termine en ajoutant que les mouvements sociaux constituent une part importante de la démocratie, comme la lutte pour l’homosexualité au Québec dans les années 90. Exprimant une prise de conscience, les mouvements sociaux sont, d’après M. Lamoureux, « le vecteur de toutes les avancées socioculturelles ». Pour Pascale Dufour, les mouvements sociaux n’apportent pas seulement une prise de conscience, mais ils permettent également de refonder le débat, de repenser le problème et de trouver de nouvelles solutions. Finalement, chaque mouvement réactualise notre façon de penser. Pour autant, il faut donner du temps au temps : « les luttes sociales et politiques sont longues et ne peuvent se mesurer dans le temps court; les féministes sont bien placées pour le savoir », conclut Mme Dufour.

«Si vous croyez que la vie est l’œuvre de Dieu, vous défendrez “le droit à la vie”, que ce soit pour les interruptions de grossesse ou la mort assistée. Si vous pensez que la vie est un.»
— Henri Lamoureux