L'élève ne dira pas au maître comment corriger sa copie« - Yves-François Blanchet

Les personnalités politiques québécoises sont de nouveau montées au créneau, au lendemain du dépôt du budget fédéral, pour défendre l'autonomie de la province dans ses champs de compétence et d'expertise comme la santé, les services de garde ou les technologies de pointe.

"On va continuer de dénoncer cette mauvaise habitude de Trudeau de centraliser, de faire le papa avec les provinces", a déclaré François Legault en conférence de presse mardi, déplorant une nouvelle intrusion du fédéral dans les champs de compétence provinciale.

Le premier ministre du Québec s'est également dit déçu de constater que le gouvernement fédéral avait ignoré sa requête principale pour le budget, à savoir une hausse à 35 % des transferts en santé, du fédéral vers les provinces. Au Québec, cette somme équivaut à 6 milliards de dollars, soit le déficit de la province.

Les garderies de la discorde

Le budget présenté lundi prévoit 30 milliards de dollars alloués à la création d'un système de garderies pancanadien, inspiré du modèle québécois. Le ministre des Finances, Eric Girard, a dit mardi matin avoir bon espoir de pouvoir s'opposer à la présence de potentielles conditions associées à la compensation de 6 milliards de dollars qui sera versée au Québec, puisque la province dispose déjà de son propre système de garde.

L'initiative d'Ottawa fâche cependant les partis d'opposition de la province, qui trouvent déplacé le fait que le gouvernement fédéral dicte la manière dont l'argent versé aux provinces doit être géré.

"S'il y a de l'argent [du fédéral], le Québec doit le prendre pour en faire ce qu'il veut", a déclaré à ce sujet Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire.

Le leader parlementaire du Parti québécois, Martin Ouellet, a, pour sa part, dénoncé un "fédéralisme d'envahisseur".

Le Québec, leader des technologies de pointe

À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a affirmé qu'il souhaitait voir les fonds destinés au domaine aérospatial, à l'électrification des transports et à l'industrie biopharmaceutique converger principalement vers le Québec, spécialiste de ces secteurs. "C'est un enjeu sur la position compétitive à l'échelle mondiale du Québec dont il faudra prendre acte", a-t-il clamé.

Un budget féministe

Plus tempérée dans son choix de mots, la cheffe libérale, Dominique Anglade, a concédé avoir des incertitudes quant à la sauvegarde des champs de compétence, tout en exprimant son enthousiasme à la vue d'un budget "imparfait", mais "qui veut favoriser la relance, les femmes et l'environnement".

Selon Chrystia Freeland, rédactrice du budget et féministe assumée, les femmes ont été frappées "plus tôt et plus fort" que les hommes par la pandémie. En effet, l'an dernier, 16 000 femmes ont quitté la population active du pays alors que 91 000 hommes l'ont intégrée, selon Statistique Canada.

Pas d'élections en vue

Si chaque parti d'opposition fédéral a exprimé mardi ses réserves quant au budget proposé par le gouvernement Trudeau, en position minoritaire, personne à Ottawa ne semble résolu à s'y opposer. Par ailleurs, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, juge irresponsable d'organiser un scrutin dans la situation sanitaire actuelle.