À travers la planète, la surveillance de masse par la collecte de données personnelles s'avère une arme efficace pour ralentir et contrôler la propagation de la COVID-19, soulevant toutefois d'inévitables questions éthiques sur les droits fondamentaux, notamment le droit à la vie privée.

« Il n'y a aucun droit qui est absolu. Il s'agit de voir là où on veut tracer la limite de notre droit à la vie privée. S'il n'est pas absolu, où s'arrête-t-il? », demande Jean-Hugues Roy, directeur de l'Unité de programmes en journalisme et médias numériques de l'UQAM.

Prêts à tout

En Russie, les centaines de milliers de caméras dotées de systèmes de reconnaissance faciale servent à faire respecter les mesures de confinement. Avec de telles mesures, l'État peut suivre les déplacements de ses citoyens, distinguer les habitudes de chacun, pour ainsi être en mesure d'envoyer des alertes à ceux et celles qui dérogent de leurs habitudes de déplacements quotidiens.

En Chine, là où la crise bat son plein, des scanners thermiques ont été installés dans les gares pour détecter les citoyens qui font de la fièvre tandis qu'en Corée du Sud, une application de géolocalisation permet de tracer et de rendre publics les déplacements des personnes infectées à l'ensemble de la population.

Jusqu'où irait le gouvernement canadien?

À l'heure actuelle, le premier ministre du Canada Justin Trudeau, a affirmé que la géolocalisation n'était pas une option qu'il examinait pour des raisons de respect de la vie privée, « mais toutes les options sont sur la table pour assurer la sécurité des Canadiens. » En dernier recours, la Sûreté du Québec a affirmé qu'elle pourrait retrouver des personnes infectées en géolocalisant leur téléphone cellulaire, sans mandat, si elle croit que les consignes de santé publique ne sont pas respectées.

Selon Jean-Hugues Roy, « l'enfer peut être pavé de bonnes intentions. C'est-à-dire que si le gouvernement ouvre une brèche dans les droits avec une collecte de données personnelles, il faut vraiment que cela en vaille la peine, et que ce soit temporaire ». D'une manière ou d'une autre, ces données existent déjà, et certaines entreprises s'en servent abondamment. Nous en avons eu la preuve la semaine dernière lorsque Google a publié un palmarès classant les États et les provinces d'Amérique du Nord en fonction du respect des mesures de confinement à domicile, palmarès dans lequel le Québec était en tête de liste. « Si Google a eu besoin de rendre anonymes les données présentées par François Legault, c'est parce que ces données ne le sont pas à la base, argue M. Roy. Alors, la vraie question à se poser est plutôt : qu'est-ce que Google fait avec ces données? »

Les mesures employées en Russie et en Chine ressemblent au Big Brother de George Orwell.
Les mesures employées en Russie et en Chine ressemblent au Big Brother de George Orwell. (Crédit photo : TheDigitalArtist | Pixabay)