De nombreux manifestants ont envahi les rues des grandes villes australiennes, telles que Sydney et Melbourne, le 10 avril dernier, à la suite de la publication d'un rapport montrant que les conditions des autochtones dans les prisons australiennes ont empiré dans les 30 dernières années.

Il y a eu un échec quant à la protection des peuples indigènes en Australie.

Le 10 avril marquait le trentième anniversaire de la Commission royale d'enquête sur les décès d'Autochtones en détention (RCIADIC) qui, selon les militants australiens, n'a toujours pas rempli sa mission. Dans un rapport publié le 9 avril par l'Université nationale australienne (ANU), il est estimé que 474 autochtones sont décédés derrière les barreaux australiens depuis le dernier rapport de la commission d'enquête, en 1991.

" Justice Pour David Dungay Jr. "

La tragédie de David Dungay Jr. est l'histoire la plus souvent racontée pour illustrer le problème de racisme systémique en Australie. Le jeune autochtone de 26 ans est mort le 29 décembre 2015 à Sydney, en hurlant les mêmes mots que George Floyd cinq ans plus tard; " I can't breathe ", alors que six gardes le tenaient contre le sol dans sa cellule de prison pour l'empêcher de manger un biscuit.

Selon Thalia Anthony, professeure à la Faculté de droit de l'Université technologique de Sydney et spécialiste en affaires juridiques autochtones, " les choses vont de mal en pis". Selon elle, le rapport publié par l'ANU le 9 avril, auquel elle a participé, montre qu'il y a eu un échec quant à la protection des peuples indigènes en Australie.

Des statistiques similaires d'un pays à l'autre

Dans le rapport, on dénonce entre autres le fait qu'en 1991, 14 % de la population carcérale était composée d'aborigènes. Mais en 2020, cette proportion est montée à 29,5 %. " Ces statistiques sont comparables à celles du Canada, lorsqu'on considère qu'ici, la proportion d'autochtones derrière les barreaux est de 30,04 %, selon les données du gouvernement fédéral. Dans les deux pays, la population autochtone ne représente que 3 % de l'ensemble de la démographie.

Par ailleurs, dans un rapport publié en 2020 par l'Australian Institute of Criminology, on apprenait que les autochtones avaient dix fois plus de risques de mourir en prison que toute autre personne non autochtone.

Changements à apporter

Même si la lutte antiraciste en Australie profite depuis peu d'une vague d'attention médiatique plus grande, attribuable au mouvement Black Lives Matter qui a renforcé le combat contre le racisme à l'échelle mondiale au printemps dernier, les autochtones australiens se battent pour la cause depuis plus de 50 ans.

Thalia Anthony affirme que quatre changements majeurs doivent être apportés au système carcéral australien pour vaincre ces injustices. Il faudrait tout d'abord poursuivre les officiers responsables de la mort d'autochtones en prison, créer des lois pour éliminer le racisme dans les forces policières et les prisons, puis établir une rétractation des politiques de maintien de l'ordre de la part des gouvernements. Pour finir, elle stipule qu'il faudrait un plus grand engagement politique et populaire envers l'autodétermination des Premières Nations.

La professeure Anthony annonce également qu'une étude portant sur le racisme chez les forces policières australiennes sera bientôt publiée.